Comment s’est passée l’adhésion du Maroc à l’Union africaine

Tous les obstacles soulevés par les Algériens et Sud-Africains contre l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA) ont été démontés, les uns à la suite des autres. Le roi Mohammed VI se trouve sur place depuis vendredi dernier, et a multiplié les contacts. Et les efforts des adversaires du Maroc se sont poursuivis jusque dans la salle du vote… avant que le Maroc ne soit acclamé, et admis.

Les deux Etats opposés au Maroc, en l’occurrence donc Algérie et Afrique du Sud, avaient leur 5ème colonne à l’intérieur du cénacle africain. Il s’agit de l’ex-épouse du président sud-africain Jacob Zuma, Nkosazana Dlamini Zuma, présidente de la Commission africaine jusqu’à hier. Elle avait retardé la transmission de la demande du Maroc aux Etat membres, puis avait soulevé la question de la ratification de l’Acte constitutif du royaume (qui traînait un peu les pieds pour cela). Et, une fois cela dépassé et les instruments de cette ratification déposés à la Commission, il ne restait plus rien à faire. Rien ? Pas si sûr…

Le 13 novembre dernier, la Commission « de » Mme Zuma avait sollicité l’avis d’un conseiller juridique. Il devait répondre à une série de questions sur l’éligibilité du Maroc et la cohérence entre l’Acte constitutif de l’Union africaine, notamment le respect des frontières, et la situation d’occupation par le royaume marocain du Sahara occidental. En plus de l’Algérie, le Nigéria, le Zimbabwe, le Soudan du Sud, la Namibie, l’Ouganda, le Mozambique, Malawi, le Lesotho, l’Afrique du Sud et le Kenya sont les autres pays à avoir interpellé le Conseiller juridique.

Dans sa réponse, ce dernier soulevait la question de l’ « occupation militaire » du Sahara, territoire à ses yeux appartenant à la RASD, par le Maroc, en plus de la problématique constitutionnelle du Maroc, qui évoque « les frontières authentiques du Maroc », cela étant perçu comme un écueil politique à l’adhésion du royaume. Algériens et Sud-africains voulaient, hier à Addis Abeba, s’assurer que le Maroc ne remettrait jamais en question les frontières issus de l’indépendance, c’est-à-dire qu’il s’engagerait à reconnaître la RASD. Enfin, le conseiller juridique a rappelé le dernier arrêt de la Cour de Justice européenne, qui faisait un distinguo entre le Maroc et le Sahara.

Mais cela était compter sans l’activité débordante de Mohammed VI, à Addis Abeba, recevant tour à tour les chefs d’Etats acquis à l’entrée du Maroc à l’UA. De son côté, celui qui devait prendre la tête de l’UA, le Guinéen Alpha Condé, un grand ami du Maroc, a rencontré les président sud-africain et angolais, pour adoucir leur position.

Finalement, lors du Sommet, et alors qu’une dizaine de pays voulaient faire basculer la question de l’adhésion de son aspect technique au volet politique sur les relations entre Rabat et la RASD, Alpha Condé a annoncé l’accord de 39 pays pour l’entrée du Maroc, rappelant à ses pairs que c’était cela la démocratie, alors que son homologue sénégalais Macky Sall a rappelé que l’article 29 de l’Acte constitutif de l’UA ne mentionne que la majorité pour l’adhésion, et aucune autre question. Il n’y a donc même pas eu vote, mais constat de l’accord d’une large majorité. Au total, sur les 42 pays annoncés par le Maroc, 39 ont manifesté leur soutien, contre une dizaine qui ont émis des réserves.

Il ne restait plus à la RASD, dont le chef Brahim Ghali a présenté un véritable réquisitoire contre le Maroc et « ses frontières fixes et mobiles », et à son représentant sur place qu’à féliciter le Maroc, et à déclarer que son adhésion à l’UA était… « une grande victoire pour la RASD ». On attend pour aujourd’hui le discours du roi Mohammed VI, et la suite des opérations pour les mois et années à venir.

AB

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