Imam Abdallah Sall Ibn Serigne Abass fait partie de ces hommes au calme olympien, mais n’en est pas moins un membre dynamique de la société musulmane sénégalaise. Démarche droite, regard acéré, langue bien affilée, expansivité et cordialité au rendez-vous, il épouse bien la morphologie de son auguste père de par la taille, le teint et la prestance. Mais aussi lui ressemble à travers l’engagement musulman. À son actif, plusieurs initiatives en faveur de l’Islam. La cérémonie religieuse annuelle de contre-manifestation à l’encontre de la débauche juvénile du 15 août à Saint-Louis, c’est lui. L’hommage annuel aux fiertés religieuses du pays, c’est encore lui. Le camp de vacances islamiques pour plus de 150 enfants de Dakar, c’est toujours lui.

    Ces trois exemples ne constituent que l’arbre qui cache la forêt dense d’actions et de réalisations conduites par l’Association de Soutien et de Coordination des Activités Islamiques (ASCAI) dont il est le président. S’il occupe ce poste, c’est parce que son riche cursus lui en prédestine.

    Né en mars 1951 à Saint-Louis, il fréquente très tôt Serigne Modou Cissé, un marabout de la Vielle ville qui lui enseigna les premières sourates coraniques. À dix ans, son père l’amena à Louga auprès de maitres coraniques mauritaniens grâce à qui il mémorisa le saint Coran au bout de 6 années d’études. La mémorisation du noble Livre fut son bagage suffisant pour embrasser des études en sciences islamiques. Serigne Alé Gueye de Louga et Serigne Abass lui-même sont ceux qui l’ont initié aux « Lakhdari », « Risaala » entre autres œuvres de base. Puis, son retour en 1972 à sa ville de naissance lui permit de se rapprocher de l’éminent professeur Serigne Yankhoba Fall et bénéficier de ses cours de jurisprudence islamique. Ce n’est pas fini : à l’aube de l’année 1975, Serigne Abdallah fut envoyé faire ses humanités en Irak où il obtint le Brevet arabe et le prestigieux baccalauréat de l’Université Al Azhar du Caire. S’ensuivirent une Licence en droit islamique et une Maitrise en pédagogie littéraire, respectivement obtenues aux universités de Bagdad, en Irak et de Doha, au Qatar. Ses études supérieures se bouclèrent en 1988, date à laquelle il rentre au Sénégal où une bonne nouvelle l’attendait : Serigne Abass son père venait d’inaugurer, le 17 octobre de l’année précédente, «Al Hanafiyat», le plus grand institut islamique de l’Afrique de l’Ouest. Belle occasion que celle qui se présenta devant le professeur Abdallah Sall dont les diplômes correspondaient au profil recherché. Il fut recruté, mais sa carrière aura duré deux ans. La cause ? Ses nombreux voyages le poussèrent à déposer le tablier et à s’adonner au commerce. Bien qu’il fût sollicité par de nombreuses institutions scolaires du pays, ses activités ne l’auront pas permis de continuer l’enseignement. Mais le plus important dans le parcours de Serigne Abdallah Sall n’est pas encore arrivé. Il réside dans la création de l’Ascai dont on va décliner le contexte de naissance.

    Nous sommes en 1997, au plus fort d’un constat d’abus comportementaux et de perte de repères déclenché en grande partie par la célébration du « 15 aout » au niveau de la plage de l’Hydrobase à Saint-Louis. Au fait, des individus malintentionnés ont profité du jour de l’Assomption pour détourner la sainteté de cette fête chrétienne et assouvir leurs sales besognes à travers des manifestations malsaines, empreintes d’outrage public à la pudeur. Pour contrer ces dérives bannies aussi bien par le christianisme que par l’Islam, un groupuscule d’imams leva la voix à travers une grande manifestation dans les artères de « Ndar ». Ils sensibilisèrent la population de la menace grandissante. Cela constitua un pied de nez pour les « fêtards » et un baume au cœur pour les protagonistes religieux. Pour pérenniser leurs actions, l’idée de mettre en place une association confessionnelle nationale naquit. Et Serigne Abdallah, fortement remarqué lors du fameux rassemblement fut pressenti au poste de la future structure. Ce qui fut fait et l’Ascai est née. Reconnue par l’État du Sénégal en 1999, elle ne cesse de s’activer au tour des objectifs suivants : « Unir les musulmans sous le sceau d’une solidarité agissante ; promouvoir socialement, économiquement et spirituellement la Communauté par des activités et un enseignement religieux axé sur le Coran et la sunna ». Cette lourde responsabilité est bien assumée, au fil des années qui ne sont pas du tout repos pour le président et les membres. Des séminaires en Mauritanie, au Maroc et en Algérie, des réactions dans la presse quand l’islam est attaqué, des dons aux couches sociales défavorisées sont passés par là. N’est-ce pas l’Islam ordonne à chacun de ses adhérents de le défendre à la hauteur de ses moyens (par l’acte, la parole ou l’indignation) ? On ne l’apprend pas aux membres de l’Ascai.

Partie de Saint-Louis, l’Ascai est présente presque dans tout le territoire sénégalais : Kaolack, Dakar, Thiès et Louga ont officialisé leur bureau, Mbour et Linguère attendent leur tour imminent. Dans un prochain billet, l’auteur de ces lignes s’essayera de décliner un bilan succinct des activités de cette association qui souffle ses quinze bougies cette année. Son président lui, plus engagé que jamais, a bien assimilé cette parole d’Allah swt : « Agrippez-vous à la corde d'Allah et ne soyez pas divisés ». Pris entre diverses activités, le successeur de Serigne Mouhamad Al Amine Wade à l’imâmat de la mosquée de Balacos n’en travaille pas moins pour son père Serigne Abass : il lui réserve chaque mois de juillet, une grande ziarra à Louga.

Mansour Gaye

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