Quarante jours déjà sans Djibo Leyti KA : Quel vide ? (par Amadou THIAM)

« Un homme d’Etat s’en est allé, c’est toute la République qui est orpheline ! »

 

Je me suis résolu enfin à tremper ma plume dans l’encrier de mon amertume, de ma tristesse et surtout de ma douleur, face à l’immensité de la perte et de la profondeur du vide immensément grand.

Il eut des coups de téléphones qui ont bouleversé l’océan tranquille de ma vie. Ils eurent lieu, tous, un jeudi. Jeudi « noir » allait-on dire dans notre ancien langage estudiantin.

Le premier un jeudi du 24 janvier 2008, m’annonçant la perte de mon père biologique ; le second un jeu du 14 septembre 2017, au bout du fil, Mon grand-frère, Arona BA.

Hallo Amadou ! Il coupe et rappelle plus tard. Amadou il faut rendre grâce à Allah, parce que je sais que tu es un croyant. Il coupe encore et cette fois ci, c’est moi qui le rappelle. Il décrocha la voix en sanglots, PAPA est parti, c’est fini !

D’une manière ou d’une autre, mon destin est étroitement lié à ces jeudis. Pour la deuxième fois de ma vie, j’ai compris combien les choses peuvent basculer en une fraction de seconde. Et que les deux mondes étaient, non seulement, liés mais intimement séparés par une faible lueur d’espoir. C’est là, où on vit l’espoir dans la projection de la rêverie pour parler comme Jean Jacques Rousseau dans « les rêveries du promeneur solitaire ».

On finit toujours par devenir seul face aux exigences de la vie en société d’abord, et ensuite avec la finalité de sa destinée face au seigneur souverain, maitre des Hommes.

Aujourd’hui, encore, j’ai fait face au étrange destin de la cruelle vie, je venais de perdre un père, une guide, un modèle, un leader et maitre à penser.

Mon cœur est plein de sanglots, ma tête brouillée, les idées éparses et les jambes clouées à mes tallons d’illusion, en scrutant le néant, je me suis rendu compte que j’ai finalement perdu. Amadou Hampâté BA, le sage africain, disait : « En Afrique à chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brule ». Certes, Djibo Leyti KA n’était pas un vieux, mais, il était une véritable bibliothèque. Tous ceux qui l’ont approché, le savent, de même que ce qui l’ont au moins vu de loin, ou entendu sans le voir (à la radio).

Dépositaire du legs de feu le défunt président Poète, Léopold Sédar SENGHOR, Djibo Leyti Ka avait, toute sa vie durant et dans les moindres détails, le sens de la méthode et de l’organisation. Il disait que SENGHOR était une école de la méthode et de l’organisation, lui en était la bibliothèque.

Dans la vie d’ici ou d’ailleurs, et de certitude absolue, on ne perd que ce que l’on avait. Oui, j’avais un père ; j’ai perdu un père, comme l’a bien rappelé ma maman au bout du téléphone avec une voix aigüe et tremblante, tu viens de perdre ton père, Amadou sois fort !

Père, Djibo KA l’a été pour moi, pour nous tous, disciples, militants ou simples et sympathisants qui dès le début de son appel à la construction d’un Sénégal nouveau avaient cru en lui. Toujours accueillant, avec une phrase à bout des lèvres pour détendre l’atmosphère, Djibo Leyti KA avait le sens de l’écoute. C’est parce que pour lui l’épanouissement de son prochain était plus qu’un sacerdoce.

Un homme d’Etat au service de l’Etat et de la République, porteur d’idées et d’ambition pour son peuple. D’où la création de l’URD comme cadre de matérialisation d’un tel projet si cher à des milliers et des milliers de compatriotes.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, devant le Seigneur Souverain, nous répondons aux pieds de son trône. Delà, nous lui demanderont témoignage notre fidélité à Votre endroit, après LUI avoir attesté qu’aucun homme ne fut meilleur que Vous.

 

 

Amadou THIAM

Membre de la Fédération départementale de l’URD de Linguère

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