Lettre de Bamba Fall à Macky : « Que me reproche-t-on ? »

Depuis la prison de Rebeuss, le maire de la Médina, Bamba Fall, a adressé une lettre ouverte au président de la République, Macky Sall, dont Seneweb détient copie.

«Monsieur le PrĂ©sident, il n’est pas frĂ©quent qu’un opposant s’adresse au prĂ©sident de la RĂ©publique pour exprimer son inquiĂ©tude et sa crainte pour l’avenir du SĂ©nĂ©gal. Avant tout, comme le veut la tradition, je vous prĂ©sente mes meilleurs vƓux pour cette nouvelle annĂ©e 2017. Vous avez sans doute passĂ© d’excellentes fĂȘtes de fin d’annĂ©e auprĂšs des vĂŽtres, de votre Ă©pouse, enfants, parents, et amis. Des compatriotes, parmi tant d’autres, sont sĂ©parĂ©es en ce dĂ©but d’annĂ©e de leurs familles, alors que vous pouviez leur Ă©viter cette douloureuse situation. Il s’agit de Bira Kane Ndiaye, Maguette BĂą, Malick KĂ©bĂ© Dieng, Abdou Mbaye, Bassirou Samb, Abdoulaye Wone, Cheikh Tidjane Sall, Saliou MbackĂ© Diop, Amath Diouf, Bamba Fall, dĂ©tenus depuis le 04 janvier 2017 Ă  la maison d’arrĂȘt sous les prĂ©textes fallacieux et d’accusations fantaisistes. Le mur du silence entourant l’histoire de ces dignes camarades a fini par se lĂ©zarder au fil des jours, grĂące en particulier Ă  l’engagement courageux et inlassable de certains de nos concitoyens», Ă©crit Bamba Fall.

«Monsieur le PrĂ©sident, cette injustice faite Ă  des compatriotes commence Ă  ĂȘtre connue et rĂ©prouvĂ©e dans le monde entier, y compris par des organisations de dĂ©fense des droits de l’homme. La dĂ©tention arbitraire des camarades et moi-mĂȘme restera dans les mĂ©moires sĂ©nĂ©galaises comme une des plus grandes injustices une fois de plus dans notre pays. Vous n’en avez peut-ĂȘtre pas conscience, mais la justice sĂ©nĂ©galaise a pris depuis bien longtemps des allures exĂ©crables. Elle est dĂ©criĂ©e aussi bien de l’extĂ©rieur qu’à l’intĂ©rieur du pays. Vous ĂȘtes, comme on dit, Ă  la croisĂ©e des chemins et je comprends ce genre de situation oĂč, parce qu’on a dĂ©cidĂ© de ne pas perdre, quoi qu’il advienne, on s’engage finalement dans des voies sans issue. La situation du SĂ©nĂ©gal n’augure rien de bon», laisse entendre le maire de la MĂ©dina.

«Tout le monde connait le mobile de mon incarcération»

«Je ne suis pas du genre Ă  faire la morale aux autres, mais au-delĂ  d’une certaine limite cela n’est plus acceptable. Cette limite, au demeurant, est atteinte lorsqu’il s’agit de la dignitĂ© ou de l’intĂ©gritĂ© d’un camarade ou d’un compatriote qui est en jeu. Nul doute que les mobiles de mon incarcĂ©ration dĂ©coulent de ce qui suit : le fait d’ĂȘtre Ă©lu Ă  la tĂȘte de la deuxiĂšme coordination et d’avoir rĂ©ussi Ă  assurer l’intĂ©rim de la mairie aprĂšs le dĂ©cĂšs de Birame Sassoum Sy au dĂ©triment de votre candidat; le fait d’avoir gagnĂ© aux Ă©lections locales devant une plĂ©thore de ministres du parti Etat-Apr; le fait d’avoir ma propre liste Siggil Dakar aux Ă©lections sĂ©natoriales finalement annulĂ©es; le fait que Bira Ndiaye et moi aient convaincu le maire Khalifa Sall de rentrer Ă  Dakar et battre campagne pour le Non au referendum; le fait d’avoir organisĂ© un meeting de dimension national et d’y avoir invitĂ© Malick NoĂ«l Seck et AĂŻssata Tall Sall; le fait d’avoir dĂ©noncĂ© les marchĂ©s publics tels que la confection des cartes d’identitĂ© biomĂ©triques et l’exploitation du pĂ©trole et du Gaz dans des conditions nĂ©buleuses; le fait d’avoir dĂ©fiĂ© votre frĂšre Ă  la prĂ©sidence de l’AMS; le fait d’ĂȘtre Ă©lu meilleur maire en 2016; le fait d’avoir fait des rĂ©alisations palpables dans ma commune; le fait d’ĂȘtre incontournable sur l’échiquier politique communal Ă©tant entendu que je donne le vertige Ă  mes adversaires de l’Apr; le fait d’ĂȘtre en parfaite harmonie avec les diffĂ©rents acteurs communautaires et toutes les couches socio-Ă©conomiques de ma commune; le fait d’avoir le courage de mes idĂ©es politiques et d’avoir ostensiblement refusĂ© toutes formes d’alliances avec l’Apr », liste Bamba Fall.

«Lors des Ă©vĂ©nements, j’étais chez moi en train de prendre mon dĂ©jeuner»

DĂ©nonçant les «accusations grotesques et non fondĂ©es» portĂ©es contre sa personne, il note qu’il est indĂ©niablement difficile pour les comploteurs d’effacer de la tĂȘte des sĂ©nĂ©galais et des citoyens du monde Ă©pris de justice les faits suivants : «que lorsque la police intervenait, aucune arme ni gourdin n’a Ă©tĂ© visible ni saisie. Aucune personne n’a Ă©tĂ© blessĂ©e ou arrĂȘtĂ©e. Au cours des Ă©vĂ©nements, j’étais chez moi en train de prendre mon dĂ©jeuner avec mon Ă©quipe municipale puisqu’ayant quittĂ© la salle lorsque Tanor m’a refusĂ© de prendre la parole. S’y ajoute que je ne peux dĂ©truire ce que j’ai construit car la clĂŽture de la maison du Parti a Ă©tĂ© entiĂšrement financĂ© avec mes propres moyens. En ce moment, sachant que je suis entre quatre murs, l’Etat-parti-Apr fait des tournĂ©es, offre des mandats et propose des financements aux populations dans la vaine tentative de reconquĂ©rir la MĂ©dina. Peine perdue car je reste le fils aimĂ© et Ă©lu par les mĂ©dinoises et mĂ©dinois, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral aimĂ© et Ă©lu par mes camarades de la 2e coordination», conclut Bamba Fall.

 

Auteur: Seneweb News – Seneweb.com

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