Dans l’émission de la chaine de télévision futurs médias (TFM), le Premier Ministre du Sénégal s’est autorisé une diatribe d’une causticité inouïe contre le candidat déclaré à l’élection présidentielle youssou Ndour pour le culot et l’outrecuidance qu’il aurait de décliner publiquement ses intentions de briguer les suffrages des sénégalais à la prochaine présidentielle.

Je voudrais préciser ici que ma préoccupation n’est nullement de défendre ce candidat. D’ailleurs je n’ai aucune raison objective de le faire, car politiquement ses projets ne m’emballent guère et je peux même affirmer d’ores et déjà que je ne voterai pas pour lui, ce qui relève de mon droit le plus absolu en tant que citoyen libre.S’il bénéficie de mes « plaidoiries » dans ces colonnes, c’est moins pour le rossignol qu’il est que par souci d’équilibre et de solidité de notre république au fondement encore fragile. Que Monsieur le Premier Ministre, se sanglant dans ses habits de Directeur de Campagne du candidat déclaré Abdoulaye Wade, dans une plage aussi politicienne que l’émission « si tu m’en parlais un peu »,décide de décocher des flèches sur un candidat qui sera probablement l’un des adversaires les plus médiatisés de son mentor en février prochain, est absolument de bonne guerre. Ce qui est irritant et déconcertant par contre, c’est l’angle d’attaque qu’il a choisi pour opérer cette offensive totalement en porte-à-faux avec les règles et principes qui fondent notre république, toute république j’allais dire. C’est d’autant plus préoccupant et inquiétant que ce pamphlet verbal a été administré alors que le statut de Premier Ministre de son auteur court jusqu’à cette seconde où je mets sous presse. Et dans le cas d’espèce, ce statut doit l’emporter de loin sur toute autre considération quels qu’en soient les enjeux politiques du moment. Je suis d’autant plus fondé à le dire qu’on est directeur de campagne d’un individu, mais Premier Ministre d’un pays, d’une nation et d’une république. Sous ce rapport, les rôles doivent être totalement tranchés. En attendant, la peau de notre chère république en a pris une sacrée meurtrissure.
Ce qui m’a fait le plus bondir d’indignation au cours de cette émission, c’est lorsque Monsieur le Premier Ministre, pardon le directeur de campagne affirme de manière docte que Youssou ndour n’a pas le droit de se présenter à une élection présidentielle parce que cette charge ne recoupe pas avec ses missions qui le confinent à simplement égayer et faire se contorsionner les mélomanes sénégalais. Mais Monsieur le PM, vous l’avez dit vous-même au cours de l’émission, vous êtes Avocat donc praticien du droit. Qui est mieux placé que vous pour savoir que le droit n’est pas une donnée à priori. Les données à priori dans la conception kantienne renvoient à des réalités sur lesquelles nous n’avons joué aucun rôle dans leur survenue   car relevant de déterminisme d’ordre transcendantal. Alors que le droit  comme tout le monde le sait est  construit avec des sources bien définies et identifiées parmi lesquelles nous avons par exemple la loi. L’interrogation qui me brule le bout de la langue est la suivante : quelle loi  dans notre corpus positif dispose que Monsieur Youssou ndour du fait de ses activités professionnelles d’artiste  musicien ne peut se présenter à une élection présidentielle ? Je défie quiconque de m’en apporter la preuve matérielle. Car, l’une des caractéristiques fondamentales de la règle de droit, est son impersonnalité et sa généralité. La règle de droit, Monsieur le PM, se distingue par son équité et surtout son égalité. C’est la raison pour laquelle Anatole de France disait : « La loi, dans son grand souci d’égalité, interdit au riche comme au pauvre, de mendier du pain dans les rues, et de dormir sous les ponts ». Tout le monde sait que les phénomènes dont il a fait mention ici sont la marque distinctive des pauvres, mais la loi du fait de son souci d’égalité ne peut les cibler exclusivement. Un autre argument de massue qui aide à battre en brèche, monsieur le directeur de campagne, votre lecture ostraciste et réductrice des critères d’appréciation et de validation d’une candidature est notre contexte d’évolution dans une société démocratique. La première caractéristique d’une telle société comme tout le monde le sait, est l’égalité des conditions entre tous ses membres. Contrairement à la société aristocratique, en démocratie l’égalité est la seule référence et la seule norme. Aucun membre, aucun citoyen pour être plus précis ne doit y subir sa destinée. Qu’on soit  riche ou pauvre, maitre ou esclave, la dignité est garantie  dans les mêmes termes pour tous les membres. Si elle admet  des ordres, ils sont bâtis sur des socles autres que les appartenances de classes ou de castes. Et, c’est tout le charme de la république. « Respublica »disent  les grecs, c’est-à-dire l’affaire de tous, et l’affaire de tous doit concerner tout le monde à condition seulement que les postulants soient en phase avec les dispositions légales et réglementaires clairement déclinées dans nos textes fondamentaux. Je reconnais avec les théoriciens des systèmes politiques que le système démocratique aussi présente certaines faiblesses, et a lui aussi son talon d’Achille dont Alexis de Tocqueville fait justement état dans son chef d’œuvre absolument prisé intitulé Dans de la Démocratie en Amérique .Mais ils conviendront aussi avec moi que, de tous les systèmes, il est le plus proche de l’exigence des peuples à plus de droit et de justice sociale. C’est pourquoi tous les acteurs politiques, toutes chapelles confondues, doivent avoir la préoccupation impérieuse de la consolider et la revivifier, car c’une quête occasionnant un effort de Sisyphe permanent. 
Sous ce rapport, je voudrais inviter les différents acteurs politiques à plus  d’élégance et de courtoisie .Une élection est un simple épisode dans le long feuilleton de la vie politique d’une nation. Il y aura forcément un 27 février, le 26 février fera certainement date, mais notre nation dans sa marche inexorable vers le progrès lui survivra indubitablement. Alors, que les responsables du fonctionnement normal de nos institutions le gardent présent à l’esprit, qu’ils se gardent et s’abstiennent de poser tout acte ou de prononcer toute parole de nature à saper les bases qui fondent notre république et notre Etat de droit. « La meilleure façon de servir la république, est de redonner force et tenue au langage » disait Francis Ponge.
Que le camp de Youssou Ndour dédramatise en considérant cette sortie au vitriol du PM contre leur mentor dont il dit d’ailleurs que c’est son ami comme une sortie malencontreuse et de la prendre avec philosophie. Parlant de philosophie, n’est ce pas que c’est Platon qui disait que « Nul n’est méchant volontairement », le rationnel Descartes lui répliquera plus tard : « Il suffit de bien connaitre pour bien faire » pardon, pour bien dire !!!!!!!

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