Les scènes montrées à longueur de journée sur les réseaux sociaux et les télévisons sont tout simplement austères. Regard impuissant des traders face à la chute continue des cours des actions sur les places financières internationales, transport aérien perturbé, rideaux de grandes surfaces de distribution baissés, frontières aériennes fermées…Ce décor reste le mieux partagé sur presque toute la planète. Les Etats semblent rivaliser d’ardeur pour venir à bout de la propagation exponentielle du coronavirus qui a porté un sacré coup à l’économie mondiale avec son lot d’impacts. Aux yeux de beaucoup d’observateurs, cette crise sanitaire a mis à nu la vulnérabilité du système capitaliste qui, selon certains, a atteint ses limites. L’apparition de ce virus pousse à s’interroger sur les capacités de résilience de nos économies face aux perturbations du marché international.

Dans une étude intitulée «la résilience de l’économie sénégalaise : Quelles politiques publiques en réponses aux chocs exogènes » ?, réalisée en décembre 2019 et rendue publique en début du mois de mars 2020, deux économistes de la Dpee, Youssou Diagne et Dame Thiam, proposent des profils de résilience de l’économie sénégalaise face aux chocs usuels affectant les performances de croissance (pluviométrie, prix à l’importation des produits agroalimentaires et pétroliers, prix à l’exportation des matières premières). Ils notent que de manière générale, dans un contexte de mondialisation, les chocs les plus fréquemment observés sont ceux provenant de l’extérieur. Parmi ces facteurs d’incertitude, le fort lien entre les pays à travers notamment le transfert de technologie et de capitaux ainsi que les échanges commerciaux et les marchés financiers, constituent les sources de vulnérabilité́ plus fréquemment observées.

Les deux économistes rappellent, d’abord, les bonnes performances de l’économie sénégalaise qui a présenté sur la période récente un profil de croissance caractérisé́ par une forte progression du PIB réel. En effet, de 6,4% en 2015, le taux de croissance a été estimé à 7,2% en 2017 après s’être établi à 6,2% en 2016. Les perspectives tablent sur une poursuite de la trajectoire ascendante des taux de croissance. En outre, le cadre macroéconomique est sain avec notamment une maitrise du déficit budgétaire sous la barre des 4% du PIB, une inflation à moins de 2% et un taux d’endettement inferieur à 60% du Pib.

Le piège de la dépendance

Les économistes de la Dpee alertent, cependant, sur d’éventuels risques qui pourraient peser sur la bonne dynamique enregistrée par le Sénégal. Selon eux, le pays est toujours dépendant de l’extérieur pour ses approvisionnements en produits alimentaires faisant d’une hausse des prix de ces derniers, un risque potentiel à redouter sur l’économie. Le resserrement des conditions de marchés financiers régionaux et internationaux pourrait également menacer les perspectives de croissance. De même, le cycle court des élections affecte la gestion budgétaire et l’environnement global des affaires. Enfin, dans une perspective d’exploitation de pétrole et de gaz, l’économie sénégalaise pourrait être exposée à des chocs sur les cours de ces produits. En ce qui concerne le pétrole et les produits pétroliers, les pays importateurs nets de pétrole comme le Sénégal sont vulnérables aux chocs liés à l’évolution des cours.

D’après Youssou Diagne et Dame Thiam, le Sénégal importe, depuis 2010, en moyenne plus de 600 milliards de FCFA par année en produits pétroliers pour satisfaire ses besoins en énergie. Cette dépendance expose le pays à une dégradation de son compte courant ainsi que celui des finances publiques ainsi qu’à un fléchissement de l’activité économique à travers le renchérissement des coûts de production et de la consommation. Les fluctuations du prix du baril affectent les coûts de production ainsi que la consommation des ménages et alourdissent la facture des importations. Sur ce dernier point, la situation actuelle semble plus ou moins favorable avec une baisse historique du prix baril qui avoisine les 33 dollars en raison du désaccord entre les pays de l’Opep sur les capacités de productions. Sur le plan de l’agriculture, les économistes estiment que le Sénégal peut en moyenne perdre 1 point de pourcentage de croissance économique et 13 points de pourcentage de croissance agricole du fait de la forte dépendance de l’agriculture à la pluviométrie.

Une réduction de 50% de l’impôt sur le raffinage préconisée

Au regard de l’ensemble de ces risques susmentionnés, définir les conditions d’une résilience de l’économie sénégalaise constitue un défi majeur et devient un objectif incontournable. Les résultats de l’étude des deux économistes de la Dpee montrent que les effets d’une hausse du prix du baril de pétrole de 20% pourraient être sensiblement contrés à court terme par un allègement de la fiscalité frappant les activités de raffinage. Concrètement, l’étude préconise une réduction de de 50% de l’impôt sur les activités de Raffinage ou de 40% des taxes à l’importation des produits pétroliers. A long terme, des mesures structurelles sont suggérées notamment la nécessité d’augmenter les investissements publics dans le raffinage de 83% avec une efficience de 50% pour stimuler la productivité, renforcer les capacités de raffinage et booster les exportations.
En outre, les récentes découvertes de pétrole et de gaz devraient permettre de dégager plus de marge financière pour la restructuration de la Sar et la diminution de la facture des importations.

Au plan agricole, pour faire face aux aléas de la pluviométrie, MM. Thiam et Diagne suggèrent au gouvernement d’aider à renforcer la résilience du secteur en mettant en œuvre des politiques d’investissement basées sur la gestion et la maitrise de l’eau et l’irrigation des terres. En matière de finances publiques, le choix est porté sur l’instrument budgétaire comme levier déployé pour faire face aux risques pouvant compromettre les performances économiques. Pour un déploiement efficace de l’instrument budgétaire, l’étude préconise une poursuite des efforts en matière de mobilisations des ressources. En outre, les résultats obtenus supposent un maintien du rythme d’exécution des projets inscrits dans le cadre du PSE

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