Les pays du Sahel sont confrontés, aujourd’hui, à des défis sécuritaires multiformes. Ces défis sécuritaires peuvent aller de la porosité des frontières, de la recrudescence de l’islamo-terrorisme, du crime organisé, de la prise d’otages moyennant rançons, de la résurgence des Mouvements indépendantistes ou autonomistes, des attaques contre les armées nationales, de la sécheresse, de la détérioration du climat, de la famine, de la pauvreté, de l’incapacité des armées nationales à pouvoir assurer la sécurité sur des vastes territoires, de la pauvreté, de la corruption élitiste, du sous-développement…. Fort de tous ces défis sécuritaires compromettant gravement et dangereusement la sécurité des États du Sahel, que cinq États du Sahel vont particulièrement mettre en place une Organisation dite le G5 Sahel.

En effet, le G5 Sahel est une Organisation intergouvernementale de coopération comprenant cinq États du Sahel à savoir : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Elle fut créée le 16 février 2014 sous l’impulsion de la présidence mauritanienne de l’Union Africaine. Elle se veut donc à la fois être une réponse militaire, politique et développementaliste afin d’apporter des réponses régionales à des défis sécuritaires régionaux voire transnationaux ou transcontinentaux.

Mais force est de constater que, depuis sa création, elle est toujours dans sa phase primaire de balbutiements et de gestations. Elle a donc du mal à être pleinement opérationnelle faute d’un mandat onusien mais aussi et surtout du manque énorme de son financement. C’est dans ce contexte fort difficile que, le G5 Sahel peine à être véritablement une Organisation efficace. D’autant plus que les cinq États qui composent le G5 Sahel sont des États faillis et connaissant toutes les difficultés du monde à pouvoir assurer la sécurité des personnes et de leurs biens se trouvant sur leurs territoires respectifs. Sans compter le fait que lesquels États sont quasiment dépourvus des ressources financières importantes afin de prendre en charge comme cela se doit le G5 Sahel dans le cadre de sa pleine opérationnalisation.

C’est dans cette veine que, les cinq chefs d’État du G5 Sahel se sont retrouvés à Niamey au Niger. Cette rencontre visait un double objectif. D’une part, rendre condoléances au peuple nigérien tout entier et aux familles des soldats en particulier à la suite de l’attaque meurtrière contre le camp militaire d’Inates. D’autre part, débattre sur les questions profondes qui entachent la mise en œuvre opérationnelle du G5 Sahel notamment les ressources financières lors du sommet de Pau qui aura lieu le lundi 13 janvier 2020 sous la présidence effective du Président français Emmanuel Macron. Ainsi donc, lors du sommet extraordinaire tenu à Niamey le 15 Décembre 2019, il a été rendu public le communiqué final dudit sommet. Dans le point 19 du communiqué final, les chefs d’État du G5 Sahel ont émis le souhait de pouvoir bénéficier une aide financière substantielle à l’instar de type du plan Marshall intervenu au lendemain de la seconde guerre mondiale dans la reconstruction des États européens ainsi dévastés par la guerre.

Ainsi donc, au regard du contexte européen et de celui sahélien, la question, ou du moins, les questions qui s’imposent sont celles-ci. Est-ce que les deux contextes sont les mêmes ? Est-ce que le plan Marshall sahélien ne signifierait-il pas un détournement de celui-ci par les gouvernants ? Est-ce que l’aide financière étrangère serait-elle la meilleure réponse pour l’opérationnalisation du G5 Sahel ?

En effet, de 1948 à 1952, les États-Unis d’Amérique transfèrerent plus de 13 milliards de dollars soit l’équivalent de 1000 milliards de dollars d’aujourd’hui pour la reconstruction de l’Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le plan Marshall fut un succès retentissant à cette époque car d’autant plus qu’il contribuera au rétablissement des Institutions Politiques et Sociales et pour la paix et la prospérité actuelles qu’on reconnaît à l’Europe d’aujourd’hui. Et les chefs d’État du G5 Sahel s’inspirent de ce plan Marshall afin d’en bénéficier le même type de plan dans le cadre de la mise en œuvre effective du G5 Sahel. Mais il s’agit là de deux réalités très différentes. Présenter les résultats positifs du plan Marshal comme une promesse de réalisations similaires dans le contexte du G5 Sahel reviendrait à faire fausse route car l’on ne saurait transposer le plan Marshall européen au context du G5 Sahel. Et voici donc les raisons.

Contrairement aux États du G5 Sahel, les nations européennes n’étaient pas totalement dépendantes de l’aide. En dépit des ravages de la guerre, la renaissance économique de l’Europe était déjà en marche. Le continent avait à son actif d’autres ressources. À leur apogée, les flux du plan Marshall représentaient seulement 2,5% du PNB des principaux pays bénéficiaires à l’instar de la France et de l’Allemagne. L’Afrique en général et les États du Sahel en particulier ont longtemps été submergés par l’aide. L’Afrique reçoit aujourd’hui une assistance pour le développement équivalent à 15% de son PNB soit plus de quatre fois le plan Marshall à son apogée. Vu les flots de milliards qui ont été déversés par l’aide publique au développement ces 60 dernières années et vu la médiocrité de leurs performances, on n’imagine très mal à l’idée que le plan Marshall de type sahélien puisse être vraiment la panacée aux problèmes de l’efficacité du G5 Sahel.

En outre, le plan Marshall avait une durée limitée. Les États-Unis d’Amérique fixèrent un objectif. Et les pays européens acceptèrent cet objectif. Cet objectif c’était la durée. Et elle était de 5 ans seulement. En revanche, l’Afrique en général et les États du Sahel en particulier ont reçu une aide ininterrompue au moins de près de 60 ans. Ainsi, en l’absence de toute menace explicite d’interruption de l’aide, les États du Sahel sont amenés à considérer l’aide comme une source permanente. Et à ce titre, ils n’ont aucune volonté d’établir des plans financiers endogènes de long terme dans la mesure où ils encaissent tranquillement les généreux chèques de l’aide publique au développement.

De plus, les nations européennes en dépit de leurs destructions au lendemain de la seconde guerre mondiale s’étaient pourvues avant la guerre des Institutions solides et efficaces comme une Administration publique et judiciaire efficace, une bonne gestion des entreprises, une armée républicaine bien formée, bien équipée et bien expérimentée. Ainsi donc, le plan Marshall était moins une aide au développement économique qu’une aide à la reconstruction. Et la différence entre les deux est abyssale. Construire et non reconstruire des Institutions Politiques, Militaires, Sociales et Économiques exige bien plus que l’argent.

C’est pourquoi, à la différence des États du Sahel, l’aide fournie par le plan Marshall ciblait essentiellement les infrastructures physiques. Mais dans le cas du G5 Sahel, cette aide compte couvrir des missions essentiellement régaliennes de l’État comme la fonction publique, l’armée, la santé publique, l’éducation ou en mot les Institutions Politiques.

Tout compte fait, et malgré le fait que les pays riches transfèrerent vers l’Afrique depuis les années 1940 au titre de l’aide publique plus de 1000 milliards de dollars, et ce qui représente à peu près 1000 dollars par habitant de la planète, eh oui, nous avons tout le loisir de soutenir que cette aide ne marche pas notamment pour les États francophones d’Afrique et singulièrement pour les États sahéliens. Fort de cette malheureuse constatation que, le mythique Président rwandais Paul Kagamé n’a-t-il pas soutenu la thèse la plus vraisemblable qui soit selon laquelle :《quoi qu’on ait dépensé, apparemment plus de 300 milliards de dollars d’aide sur notre continent depuis 1970, le bilan sur le plan économique et sur le plan humain est à peu près nul 》.

Ayant ainsi brièvement mais substantiellement traité de l’incompatibilité du plan Marshal intervenu en Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale et de son éventuelle inspiration dans le cadre du G5 Sahel par les cinq chefs d’État de laquelle Organisation à l’occasion du sommet qui aura lieu le 13 janvier à Pau en France, nous brosserons de façon rapide mais subséquente le mandat limité du G5 Sahel.

Au demeurant, le 06 février 2017, les chefs d’État du G5 Sahel lancèrent depuis Bamako la capitale malienne la force conjointe du G5 Sahel dont l’objectif est 《d’assurer un contrôle effectif, performant et permanent dans l’espace commun, et relever ainsi les défis sécuritaires et d’y créer les conditions de la paix et du développement 》. Près de 3 ans plus tard, des timides avancées ont été enregistrées dans la matérialisation de la force conjointe du G5 Sahel. Mais force est d’admettre que, d’immenses difficultés subsistent. La principale parmi elle est la non obtention d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies garantissant à la fois son financement et lui donnant mandat d’agir sur tout le Sahel conformément au chapitre 7 de la charte de l’ONU.

Sans le mandat onusien, il serait très difficile, voire impossible pour la force conjointe du G5 Sahel d’être une force agressive et pleinement efficace. Il faut avoir présent à l’esprit que, le Sahel ça ne se réduit pas tout simplement aux cinq États qui forment le G5 Sahel. Au contraire, partant de la définition donnée par le Comité Inter-États de Lutte contre la Sécheresse au Sahel, le Sahel serait composé d’une dizaine de pays. Et les défis sécuritaires identifiés dans presque tout le Sahel sont quasiment identiques à ceux des cinq États formant le G5 Sahel. Et au regard, de ces derniers temps, des attaques terroristes contre les armées nationales, il y a lieu de noter que sans mandat onusien le G5 Sahel va connaître des sérieuses difficultés dans sa mise en œuvre effective voire de son existence proprement dite. Toutefois, il convient de relever que, le fait que certains États du G5 Sahel vont immanquablement détourner l’éventuel mandat onusien de son objectif originel, celui de lutter contre le terrorisme.

Dans le cadre d’un mandat onusien pour le G5 Sahel, il y aura un grave danger. Car la lutte antiterroriste sera invoquée pour adopter des mesures destinées à restreindre les libertés publiques, ou du moins, fondamentales, à museler l’opposition politique et sociale. Mais surtout à réorienter le mandat contre certains groupes rebelles ou certains groupes autonomistes ou indépendantistes. D’autant plus que, certains États du G5 Sahel font face à des Mouvements politico-militaires comme le Tchad ou certains groupes indépendantistes comme le Mali.

Quelques esquisses de solutions

Si jamais un éventuel mandat onusien sera octroyé au G5 Sahel dans le cadre de sa mission de lutte contre le terrorisme, nous exigeons que lequel mandat s’applique dans le cadre de l’État de droit, du respect des principes du droit international et des dispositions du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Plus concrètement il faut :

1) La création et la mise en place effective d’un comité de suivi et d’évaluation quant à l’aide financière consacrée au G5 Sahel ;
2) Fixer un délai quant à l’aide financière accordée au G5 Sahel ;
3) Exiger des réponses concrètes au G5 Sahel dans le cadre de l’aide reçue ;
4) Républicaniser les armées nationales ;
5) Autonomiser le G5 Sahel par la création d’un mécanisme endogène de financements ;
6) Réformer le secteur de la sécurité ;
7) Intégrer la sécurité dans la gouvernance démocratique et développementale globale des pays du G5 Sahel ;
8) Développer une gouvernance de la sécurité fondée sur la sécurité humaine et la culture de la prévention ;
9) Développer une législation nationale de lutte contre la criminalité organisée en phase avec les menaces, cohérente et harmonisée ;
10) La sécurisation efficace et efficiente des frontières ;
11) Moraliser les services de sécurité ;
12) Lutter contre la corruption ;
13) Favoriser le régime de la dénonciation en matière de criminalité organisée ;
14) Revaloriser les services de renseignements ;
15) Moraliser la vie politique ;
16) Impliquer les autorités traditionnelles, coutumières et religieuses ;
17) Harmoniser les mécanismes institutionnels de lutte ;
18) Privilégier et renforcer les coopérations bilatérale, trilatérale et multilatérale.

PS : Le thème que nous abordons est un thème fleuve. Par conséquent, c’est un thème très vaste. Et nous ne saurons traité un pareil thème sur la toile bleue de façon élargie. C’est pourquoi donc, nous vous invitons à lire les documents suivants pour plus d’informations :
1) Dambisa MOYO : L’AIDE FATALE. Paru aux Éditions JC Lattès ;
2) Djiby SOW : FORCE CONJOINTE DU G5 SAHEL : PERSPECTIVE STRATÉGIQUE SUR L’APPROPRIATION SÉCURITAIRE PAR LES ÉTATS SAHELIENS. Document disponible sur le net.

Brahim Oguelemi, Écrivain, Doctorant en Droit Public et Co-redacteur en Chef de Toubou Média.

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