Guerre au YĂ©men Les prouesses diplomatiques du PrĂ©sident et l’envers du dĂ©cor (Par Ahmed Khalifa Niasse)

Pour mieux comprendre, il y a lieu de revisiter l’histoire, trois mille ans auparavant. A cette Ă©poque le YĂ©men et l’Ethiopie ne faisaient qu’un. Le trĂšs puissant royaume de Saba englobait l’actuel Sultanat d’Oman. C’est-Ă -dire qu’il faisait face Ă  l’empire Perse(Iran) Ă  travers le fameux dĂ©troit d’Ormuz. Le moins que l’on puisse dire c’est que les deux royaumes se regardaient en chiens de faĂŻence.

Ce qui vient d’ĂȘtre dit a amenĂ© le trĂšs espiĂšgle Roi Salomon (ProphĂšte Souleymane) Ă  inviter la Reine de Saba en visite officielle dont on dit qu’elle aboutit au mariage des deux souverains. Et qu’un certain MĂ©nĂ©lik qui a Ă©tĂ© Roi d’Abyssinie fut le fruit de cette union.

Toujours est-il que le judaĂŻsme monothĂ©iste Ă©tait ainsi devenu la religion du YĂ©men et donc de l’Ethiopie. Et, ce, des siĂšcles durant. Cependant au flanc nord du pays, sanctuaire des actuels Houtis, c’est le christianisme qui fut adoptĂ©. Jusqu’aux faubourgs de la Mecque qui a toujours Ă©tĂ© une citĂ© Ă©thiopienne.

La ville de Najran fut un grand centre chrĂ©tien. C’est la dĂ©formation de Nasaraan par allusion Ă  JĂ©sus de Nazareth.

Un pogrom s’en est suivi. La chrĂ©tientĂ© allait comptabiliser ses premiers martyrs brulĂ©s vifs par les rois judaĂŻsant. Plusieurs siĂšcles aprĂšs le Coran les pleure. Sourate 85

Toutefois le YĂ©men devint chrĂ©tien, sous suzerainetĂ© Ă©thiopienne. Le gouverneur Ă©thiopien y envoya une expĂ©dition dont les chars de combat Ă©taient des Ă©lĂ©phants. Ce fut l’annĂ©e de naissance de notre ProphĂšte (psl). La sourate l’ElĂ©phant relate les faits.

Par la suite l’Islam conquit le YĂ©men sous la banniĂšre de l’Imam Aly. Ils furent les premiers chiites de l’histoire connus sous le nom de Zaydites (par allusion Ă  Zayd Ibn Ali, petit-fils de l’Imam Ali). Ils fondĂšrent un imamat qui en fit un royaume chiite dont le dernier souverain, l’Imam Yahya, fut renversĂ© avec l’aide de Nasser. L’armĂ©e Ă©gyptienne s’y embourba. Alors que l’Arabie Saoudite soutenait les chiites (aprĂšs avoir donnĂ© refuge Ă  l’Imam Badr et Ă  sa suite) qu’elle combat aujourd’hui.

Il y a, donc, lieu de prĂ©ciser qu’au YĂ©men les anciens judaĂŻsant sont devenus sunnites, essentiellement au sud et au centre. Et que le nord, anciennement chrĂ©tien, est restĂ© chiite. Jusqu’aux confins de Djeddah.

Ce prélude est nécessaire pour camper la géopolitique de la zone.

L’avĂšnement de l’Imam Khomeiny a Ă©vincĂ© l’Iran du Shah de son rĂŽle de gendarme du Golfe et de gardien du pĂ©trole du Moyen Orient. IsraĂ«l jouant un rĂŽle complĂ©mentaire : celui d’épouvantail.

Aujourd’hui les choses ont radicalement changĂ©.

L’Iran reprend le bĂąton de gendarme. Cela signifie que l’essentiel des pays du Golfe redeviennent une chasse gardĂ©e des mollahs de TĂ©hĂ©ran.
L’Arabie Saoudite est cernĂ©e par une population majoritairement chiite dans la zone pĂ©troliĂšre de l’est et du nord est. Le BahreĂŻn avec lequel il est liĂ© par un pont long de 25 kms est chiite Ă  98%. Il ne peut, donc, lui servir de bouclier.

Son flanc sud, la rĂ©gion d’Assyr, dont la capitale est Nazran, est une zone Houtie, c’est-Ă -dire chiite. Qui avait Ă©tĂ© annexĂ©e de force par le pĂšre de l’actuel Roi en 1932.

Au nord est, l’Iraq, majoritairement chiite, est indirectement gouvernĂ© par l’Iran dont la capitale historique se situe dans les faubourgs de l’actuel Bagdad. En face de Babylone.

On peut en dire de mĂȘme de la Syrie, au nord, le rĂ©gime d’Assad Ă©tant chiite.

Les monarques du Golfe sont convoquĂ©s par Barak Obama pour leur signifier leur devoir d’obĂ©issance Ă  l’Iran, en vertu des accords sur le nuclĂ©aire.

De cet imbroglio diplomatique et stratĂ©gique notre PrĂ©sident, Ă  qui j’avais pourtant suggĂ©rĂ© de jouer la carte de la paix, celle d’arbitre, a trainĂ© les pieds. Et c’est la Mauritanie qui, actuellement, remplit ce vide en y faisant nommer un mĂ©diateur par l’O.N.U.

Il s’est donc trouvĂ© obligĂ© de jouer la carte de la « guerre ».
Mais il y a lieu de reconnaitre qu’il s’agit, indĂ©niablement, d’une prouesse diplomatique. Car le contentieux de DubaĂŻ Port lui avait valu une mise au ban des monarchies du Golfe.

Aujourd’hui, par cet acte d’alliance militaire, les choses se sont inversĂ©es.

Si le contingent sĂ©nĂ©galais est positionnĂ© dans les bases arriĂšre les profits que le pays pourra en tirer sont Ă©normes. Surtout dans l’aprĂšs guerre, c’est-Ă -dire dans la phase de reconstruction du YĂ©men oĂč le secteur privĂ© sĂ©nĂ©galais pourra bĂ©nĂ©ficier de marchĂ©s intĂ©ressants.
La mĂȘme raison avait, d’ailleurs, Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par Mitterrand pour justifier sa participation Ă  la guerre contre l’Iraq qu’il pensait injuste.
En ce qui concerne notre armĂ©e, le grave problĂšme des officiers, sous-officiers du deuxiĂšme rang et les libĂ©rables parmi les hommes de troupe s’est toujours posĂ© quant Ă  leur recyclage.

S’il gagne la guerre, le PrĂ©sident Macky Sall sera aurĂ©olĂ© d’une gloire qui fera que son deuxiĂšme mandat sera la consĂ©quence de ce qui n’aura Ă©tĂ©, pour nos Jambars, qu’une promenade de santĂ©.

Toutefois l’envers du dĂ©cor est de voir l’Iran considĂ©rer cette alliance SĂ©nĂ©galo Saoudienne comme Ă©tant un casus belli. Et par jeu de balanciers armer lourdement la rĂ©bellion en Casamance. Ce, et d’autant plus que les iraniens ont eu Ă  disposer de stocks en Gambie et au NigĂ©ria. Sans compter les nombres de conteneurs entreposĂ©s ça et lĂ  et dont le contenu n’aurait rien Ă  voir avec des matĂ©riaux de construction, tel qu’on l’a vu par le passĂ©. L’autre cotĂ© de l’envers du dĂ©cor est que le PrĂ©sident iranien Rohani a dĂ©clarĂ© ne pas exclure une guerre avec les Saoudiens, avec ses alliĂ©s. Toutefois le risque est Ă  prendre. Ce, et d’autant plus que cela permet Ă  notre petit pays de jouer dans la cour des grands. Peut- ĂȘtre que profitant de cela le royaume Wahhabite cessera de diaboliser l’islam confrĂ©rique au SĂ©nĂ©gal. Et qu’enfin notre PrĂ©sident trouvera l’occasion de nommer des aumĂŽniers imams dans les ArmĂ©es.

Vive nos Jambars et le Chef SuprĂȘme des ArmĂ©es
AHMED KHALIFA NIASSE

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