Il faut sauver le soldat Ouattara (par Barka BA )

« Les mercenaires et auxiliaires sont inutiles et dangereux : et qui tient son Etat fondĂ© sur les troupes mercenaires n’aura jamais stabilitĂ© ni sĂ©curitĂ©; car elles sont sans unitĂ©, ambitieuses, indisciplinĂ©es, infidĂšles; vaillantes avec amis; avec les ennemis, lĂąches; point de crainte de Dieu, point de foi avec les hommes; et l’on ne diffĂšre la dĂ©faite qu’autant que l’on diffĂšre l’assaut; dans la paix on est dĂ©pouillĂ© par eux, dans la guerre par les ennemis. »

Le PrĂ©sident Ouattara, portĂ© au pouvoir en 2011 par des rebelles, a-t-il lu cet extrait du chapitre 12 du « Prince » de Machiavel ? On peut en douter, Ă  en juger par le Ă©niĂšme coup de sang orchestrĂ© par les soldats mutins en Cote d’Ivoire.

En faisant parler la poudre, une fois de plus, ces soutiers de la rĂ©bellion ivoirienne originaires du Nord, ont contraint le chef de l’Etat de la premiĂšre Ă©conomie de l’UEMOA Ă  une honteuse capitulation, dĂ©montrant qu’il ne contrĂŽle pas un rouage essentiel de son pouvoir : l’armĂ©e.

Pourtant, la veille seulement de cette mutinerie qui a touché la quasi totalité des grandes villes du pays, le Président Ouattara, dans une grande opération de communication, recevait dans son palais un prétendu porte-parole des 8400 mutins, qui avait donné des assurances fermes sur les revendications portant sur le reliquat de primes promis par le président ivoirien.

Ceci, aprĂšs avoir dĂ©jĂ  honorĂ©, Ă  coup de dizaines de milliards de FCA, une sorte de dette de sang contractĂ© Ă  l’Ă©gard de jeunes supplĂ©tifs nordistes. Ces derniers, en capturant le prĂ©sident Laurent Gbagbo, lui avaient ouvert les portes du palais de Cocody lors de la sanglante bataille d’Abidjan en 2011 avec le coup de pouce dĂ©cisif de l’armĂ©e française.

Plusieurs enseignements peuvent ĂȘtre tirĂ©s de ces mutineries Ă  rĂ©pĂ©tition. MalgrĂ© l’adoption d’une loi de programmation militaire, censĂ©e rebĂątir une nouvelle armĂ©e, plus que jamais, Alassane Ouattara reste tributaire des « jeunes gens » nordistes qui, lassĂ©s d’ĂȘtre marginalisĂ©s, ont prĂ©parĂ© son accession au pouvoir en renversant Henri Konan BĂ©diĂ© un soir de NoĂ«l 1999. De fortes tĂȘtes regroupĂ©es autour du sergent-chef Ibrahim Coulibaly alias « IB ».

Cet ancien garde du corps des enfants de Ouattara, aprĂšs sa brouille avec le gĂ©nĂ©ral Robert Guei, opĂ©rant depuis le Burkina avec la bĂ©nĂ©diction de Blaise CompaorĂ©, sera le principal meneur des auteurs du coup d’Etat ratĂ© de septembre 2002 qui coupera toutefois la CĂŽte d’ivoire en deux. Avant d’ĂȘtre Ă©vincĂ© par un certain Guillaume Soro, rĂ©gnant sur un Nord mis en coupe rĂ©glĂ©e par des chefs de guerre.

Ces fameux « Comzones », tout droits sortis d’un roman d’Ahmadou Kourouma, Ă  l’image d’Issiaka Ouattara « Wattao », HervĂ© PĂ©lican TourĂ© « Vetcho », ChĂ©rif Ousmane « Papa GuĂ©pard », Losseini Fofana « Loss », KonĂ© Zakaria « Djakiss » etc.

AprĂšs la dĂ©faite de Gbagbo Ă  laquelle ils ont grandement contribuĂ© en faisant dĂ©ferler leurs colonnes sur Abidjan, Ouattara a Ă©tĂ© obligĂ© de rĂ©compenser ces caĂŻds, devenus pour la plupart des milliardaires avec le trafic de diamant, d’or, de bois etc. Et certains de ces « chefs de guerre » ont Ă©tĂ© Ă©pinglĂ©s par l’Onu dans des rapports circonstanciĂ©s.

Ces sous-officiers en rupture de ban, ayant presque tous accĂ©dĂ© au grade de lieutenant-colonel, sont devenus les principaux patrons de l’armĂ©e ivoirienne en occupant les postes clefs. Un peu comme si, chez nous, Salif Sadio devenait le chef de corps du bataillon blindĂ© ou CĂ©sar Atoute Badiate commandant des Forces spĂ©ciales !

Est-il donc Ă©tonnant de voir leurs frĂšres d’armes de Korogho, OdiennĂ© ou Man rĂ©clamer leur part du « gĂąteau »  et refuser d’ĂȘtre les dindons d’une sinistre farce? Ironie de l’histoire, pour calmer les mutins de BouakĂ©, le prĂ©sident Ouattara, par deux fois, a Ă©tĂ© obligĂ© de dĂ©pĂȘcher dans l’ancienne place forte des rebelles le fameux « Wattao », dont les frasques l’avait pourtant contraint Ă  l’exiler pendant un temps au Maroc.

DĂ©montrant, si besoin en Ă©tait encore, que ni les renseignements encore moins la chaine de commandement de l’armĂ©e ivoirienne ne fonctionnement pas et que son pouvoir est tenu en joue par des condotierri.

Pour tous les observateurs avertis de la scĂšne politique ivoirienne, derriĂšre cette mutinerie, c’est la succession du prĂ©sident Ouattara qui risque de se jouer Ă  coups de roquettes, avec le risque de replonger incessamment le pays dans la tourmente.

Autant le prĂ©sident Wade avait fortement contribuĂ© Ă  sauver Ouattara en assurant sa protection par les soldats sĂ©nĂ©galais, lorsque sa vie Ă©tait menacĂ©e par les sbires de Gbgabo, qui l’assiĂ©geaient Ă  l’hĂŽtel du Golfe pendant la crise post-Ă©lectorale, autant « ADO » doit s’asseoir sur son orgueil et demander Ă  son « petit -frĂšre » Macky Sall, sous l’Ă©gide de la CEDEAO, de lui envoyer un contingent de « Jambaar » pour reprendre en main son armĂ©e.

Au Mali, le chef des opĂ©rations de maintien de la paix n’a pas eu des pudeurs de gazelle, pour parler comme l’autre, en demandant que les soldats sĂ©nĂ©galais de la MINUSMA soient l’ossature d’une force de rĂ©action rapide dĂ©ployĂ©e au centre du Mali en proie Ă  une insurrection djihadiste.

Face Ă  des tĂȘtes brĂ»lĂ©es qui jouent l’avenir de leur pays Ă  la roulette russe, il n’est en rien honteux pour le chef de l’Etat ivoirien de faire appel au professionnalisme de l’une des rares armĂ©es ouest-africaines restĂ©e rĂ©publicaine depuis les indĂ©pendances. Il y va de la stabilitĂ© de la sous-rĂ©gion car si le gĂ©ant ivoirien tousse, c’est toute l’UEMOA qui risque de s‘enrhumer.

Barka BA – Directeur de l’information de la TFM

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