La face cachée des salaires des députés

L’explosion des listes pour les prochaines Ă©lections lĂ©gislatives dĂ©montre l’intĂ©rĂȘt des hommes politiques sĂ©nĂ©galais pour le poste de dĂ©putĂ©, mais Ă©galement pour ses nombreux avantages qu’il procurent.Un dĂ©putĂ© simple au SĂ©nĂ©gal gagne la somme 1, 3 million mensuel, bĂ©nĂ©ficie d’une dotation en carburant de 300 litres, d’une voiture 4X4 fortuner, d’un passeport diplomatique lui et son Ă©pouse.

Un membre du bureau de l’AssemblĂ©e nationale, c’est Ă  dire les vice-prĂ©sidents au nombre de 8 et les secrĂ©taires Ă©lus perçoivent chacun un salaire mensuel de 3 millions de francs CFA, bĂ©nĂ©ficie de deux voitures une 4X4 et une citroen, 1000 litres de carburant par mois et 500 000 francs de crĂ©dits tĂ©lĂ©phoniques. Les prĂ©sidents des groupes parlementaires sont logĂ©s Ă  la mĂȘme enseigne et bĂ©nĂ©ficient du mĂȘme traitement. Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale gagne un salaire de 10 millions mensuels et bĂ©nĂ©ficie de 49 millions de fonds politiques par mois. De mĂȘme, il bĂ©nĂ©ficie d’un parc automobile d’au moins 5 vĂ©hicules, d’une escorte et d’une sĂ©curitĂ© personnelle assurĂ©e par les Ă©lĂ©ments des forces de sĂ©curitĂ© nationale.

Ainsi, sut la base d’un calcul, un simple dĂ©putĂ© gagne pendant une lĂ©gislature de 5 ans 78 millions et consomme 18 000 litres de carburant. Un vice-prĂ©sident gagne 180 millions sur cinq ans.

Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale lui touche le jack-pot avec un revenu de 600 millions de salaire sur cinq ans et 2 milliards 940 millions de fonds politiques pendant la mĂȘme durĂ©e. Pour le carburant, c’est 600 000 litres qui sont attribuĂ©s au PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e sur toute la pĂ©riode de la lĂ©gislature. Cependant une autre lecture s’impose avec ses chiffres. « C’est, certes, un salaire important pour un SĂ©nĂ©galais moyen, mais la plupart des dĂ©putĂ©s sont endettĂ©s ». En effet, ils prennent des crĂ©dits bancaires pour se construire une maison et le tiers de leurs revenus sert souvent Ă  rembourser cet emprunt. Il s’y ajoute que leur train de vie augmente et face aux nombreuses sollicitations, ils n’arrivent plus Ă  suivre. «Si vous ĂȘtes un dĂ©putĂ©, vous vivrez le calvaire », prĂ©vient un ancien parlementaire. «Les gens qui vous ont Ă©lu pensent que votre salaire leur appartient et vous ĂȘtes sollicitĂ©s du matin au soir pour des questions sociales », renseigne cet Ă©lu.

Par exemple pour le carburant, ceux qui habitent en dehors de Dakar, risque de consommer plus que cela dans leurs dĂ©placements. «Le salaire des dĂ©putĂ©s suscitent tous les fantasmes, mais beaucoup sortent d’une lĂ©gislature appauvrie ». Du reste, beaucoup d’anciens parlementaires ont fini par tenter
 l’émigration vers des pays europĂ©ens et devenir des Modou-Modou quand ils ne sont pas rĂ©Ă©lus. Beaucoup de dĂ©putĂ©s demandent, par ailleurs,souvent de l’aide aux ministres et autres personnalitĂ©s occupant des postes de responsabilitĂ©s.

«Si vous n’ĂȘtes pas aidĂ©, c’est compliquer de s’en sortir avec des fins de mois difficiles, car c’est un salaire partagĂ© ».L’histoire raconte que l’ancien prĂ©sident du groupe parlementaire libĂ©ral, Doudou Wade, tenait une caisse noire que lui filait son oncle, Abdoulaye Wade, avec une quarantaine de millions mensuelle, pour arroser ses collĂšgues. Parfois, il pouvait tenir de fortes sommes(on parle de plusieurs centaines de millions) pour « arroser » les dĂ©putĂ©s Ă  la veille de certaines lois polĂ©miques.

«Ceux qui se plaignent de nos avantages ne comprennent pas que cet argent est souvent partagĂ© avec nos militants, une bonne partie des dĂ©putĂ©s sont des caisses sociales ambiantes». Et Ă  part ses avantages qui ne satisfont pas les dĂ©putĂ©s, «nous n’avons rien d’autre », fulmine-t-on souvent dans les couloirs de l’AssemblĂ©e nationale. «Sauf qu’il y a le statut d’honorable qui procure souvent, il faut le dire, une immense satisfaction sociale dans la vie de tous les jours, nous sommes au SĂ©nĂ©gal ». Dans les pays dĂ©veloppĂ©s, un dĂ©putĂ© bĂ©nĂ©ficie d’une caisse pour recruter ses assistants parlementaires(affaire Fillon). «Mais au SĂ©nĂ©gal, le dĂ©putĂ© est laissĂ© Ă  lui-mĂȘme et n’a aucun collaborateur qui permet de l’assister dans son travail. Le dĂ©putĂ© sĂ©nĂ©galais n’a mĂȘme pas de secrĂ©taire pour son travail ».

Aun moment donnĂ©, l’idĂ©e de renforcer les moyens de travail des dĂ©putĂ©s a Ă©tĂ© Ă©mise. «Mais du fait de l’hostilitĂ© de l’opinion Ă  tout ce qui touche les dĂ©putĂ©s, on l’a abandonnĂ©e». «Mais il faut vivre l’AssemblĂ©e nationale de l’intĂ©rieur pour se rendre compte que c’est loin d’ĂȘtre une sinĂ©cure ».

 

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