Exclusif – Traquenard financier Ă  l’AssemblĂ©e, Niasse et le questeur au cƓur de l’affaire (EnquĂȘte)

Plus que rocambolesque Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Les soupçons de corruption et de malversation empestent et enveniment sĂ©rieusement l’atmosphĂšre Ă  l’HĂ©micycle. L’institution parlementaire s’est empĂȘtrĂ©e dans un schĂ©ma qui inhibe toute tentative d’actions de bonne gouvernance. Au cabinet du prĂ©sident Moustapha Niasse, le copinage et le nĂ©potisme sont au cƓur des circuits d’argent alors qu’à la questure, un montage complexe de sociĂ©tĂ©s Ă  tiroir serait orchestrĂ©. Plus d’une dizaine de dĂ©putĂ©s interrogĂ©s, confirment. Chacun y va avec ses exemples ahurissants, parfois hilarants. Ces pratiques et compositions du circuit comptabilitĂ© et finances de l’AssemblĂ©e nationale expliquent en grande partie la dette fiscale de plus de deux milliards mais encore plus grave une grosse ardoise due Ă  des entreprises privĂ©es pour la plupart des PME qui aujourd’hui sont asphyxiĂ©es et peuvent disparaĂźtre Ă  tout moment.

fiscale de plus de deux milliards de l’AssemblĂ©e nationale n’est que l’arbre qui cache la forĂȘt. Cette deuxiĂšme institution de l’Etat du SĂ©nĂ©gal serait une grosse niche de mauvaise gouvernance. Aucune rĂšgle, mĂȘme les plus Ă©lĂ©mentaires de gestion et de bonne gouvernance n’est respectĂ©e. Pire, un schĂ©ma scabreux, nĂ©potique y est installĂ©.

A commencer par le cabinet du prĂ©sident. La trĂ©sorerie est occupĂ©e par un pur affidĂ© de Moustapha Niasse Ă  la retraite depuis plus de dix ans. M. DiaĂŻtĂ© serait mĂȘme plus ĂągĂ© que le maitre des cĂ©ans. Selon les tĂ©moignages, c’est son ami d’enfance et il a presque Ă©tĂ© Ă  toutes les expĂ©ditions du leader de l’Alliance des Forces de ProgrĂšs (AFP) qui a eu Ă  occuper plusieurs hauts postes ministĂ©riels dans ce pays.

La commission comptabilitĂ© et de contrĂŽle dont ses missions et attributions sont prĂ©vues par les articles 30 et 31 du rĂšglement intĂ©rieur est prĂ©sidĂ©e par un parent du prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale. D’aucuns disent mĂȘme que c’est son neveu. Khoureychi Niasse est, par ailleurs, un militant actif de l’AFP. Ce dĂ©putĂ© Ă©lu sur la liste de Bennoo Bokk Yaakar occupe ce poste depuis le dernier renouvellement du bureau. Auparavant, il Ă©tait occupĂ© par une dame ApĂ©riste de Yarakh qui ne sait ni lire, ni Ă©crire. Avant Fatou Diouf, c’était Thierno Bocoum qui avait commis le «sacrilĂšge» de vouloir contrĂŽler les comptes de l’AssemblĂ©e nationale. La guerre lui a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e et de gros moyens ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour l’en empĂȘcher avant de le dĂ©choir du poste de prĂ©sident de la Commission ComptabilitĂ© et de contrĂŽle.


RĂ©paration des phares Ă  1.300.000

Tous ces mĂ©canismes de contrĂŽle Ă©tant combattus et anĂ©antis aussi bien en interne qu’en externe, alors c’est la bamboula avec les marchĂ©s et la gestion financiĂšre.

En rĂ©alitĂ© le vĂ©ritable argentier de l’AssemblĂ©e nationale, c’est le questeur. Il passe les commandes, effectue les achats gĂšre les contrats de prestation de services. Le trĂ©sorier est juste rattachĂ© au cabinet du prĂ©sident et gĂšre les dĂ©penses courantes inhĂ©rentes Ă  celui-ci (cabinet). Et c’est Ă  la questure que tous les yeux et les commentaires les plus acerbes sont braquĂ©s. Mais, il faut aussi reconnaĂźtre Ă  la lumiĂšre des Ă©lĂ©ments d’enquĂȘte que c’est un vĂ©ritable panier Ă  crabes.

En effet au dĂ©part, l’entretien des vĂ©hicules des dĂ©putĂ©s, de l’AssemblĂ©e nationale Ă©tait confiĂ© Ă  la station Total sise Ă  la Place SowĂ©to, qui jouxte l’HĂ©micycle. Curieusement, quelques mois aprĂšs, on ne sait pas quel truchement, ce marchĂ© a migrĂ©. Par le seul vouloir du questeur, l’entretien (vidange et autres travaux) est concĂ©dĂ© Ă  une toute nouvelle entreprise, Expert Auto.

Les chauffeurs sont les premiers Ă  ĂȘtre interloquĂ©s. Mais ce qui intrigue, c’est plus les coĂ»ts que la qualitĂ© du service servie Ă  Expert Auto. Ce changement de fournisseur a crĂ©Ă© beaucoup de bruits Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Un dĂ©putĂ© qui avait des problĂšmes de phares a confiĂ© Ă  votre journal en ligne, qu’un devis de plus de 1.300.000 francs CFA m’a Ă©tĂ© fourni. «Quand mon chauffeur me l’a montrĂ©, j’était tellement Ă©berluĂ© que j’ai interpellĂ© direct le chef de garage qui s’y est opposĂ© catĂ©goriquement. Finalement j’ai Ă©tĂ© chez un autre garage oĂč j’ai payĂ© Ă  hauteur de 300.000 pour remplacer mes lumiĂšres».

Projecteur sur des actes troublants

Cette confession du dĂ©putĂ© est corroborĂ©e par une autre de ses collĂšgues. Le sieur est membre de la confĂ©rence des PrĂ©sidents donc, haut placĂ© Ă  l’HĂ©micycle. «Moi je prĂ©fĂšre, aller chez le concessionnaire plutĂŽt que d’aller Ă  Expert auto».

Un autre Ă©lu a Ă©tĂ© horrifiĂ© par le changement en moins de deux ans d’utilisation des pneus de tous les vĂ©hicules des dĂ©putĂ©s. Et cela a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© sans mĂȘme avis ou permission des concernĂ©s. «Et pĂ©riodiquement des piĂšces sont changĂ©es sans que le besoin ne se fasse sentir».

Le chef de garage est dĂ©sarmĂ©. Actuellement, il ne s’occupe que de son poste et prĂ©fĂšre ne plus gloser sur l’histoire des voitures de l’AssemblĂ©e nationale or pourtant pour toute affaire concernant celles-ci, son onction devrait ĂȘtre sollicitĂ©e au prĂ©alable. A des kilomĂštres, on peut entendre la clameur ou les psalmodies. A l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur de l’institution, les gens ne parlent que de ce «contrat douteux». Les chauffeurs ont fini d’en faire leur sujet de discussion favori. L’élĂ©ment qui mouille le plus le questeur, c’est sa ressemblance avec l’un des responsables d’Expert auto, l’atelier sis Ă  l’Avenue Bourguiba juste Ă  cĂŽtĂ© de la SGBS.

PressAfrik.com s’est intĂ©ressĂ© Ă  sociĂ©tĂ© qui effectivement a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e le 12 dĂ©cembre 2012. Dans les papiers de crĂ©ation, c’est Eric Ghislain Clara qui est le Directeur gĂ©nĂ©ral. Mais le monsieur a quittĂ© l’entreprise depuis presque un an. Nous avons appelĂ© pour d’abord avoir le nom de celui qui l’a remplacĂ©. Mais notre secrĂ©tariat a butĂ© devant un refus catĂ©gorique. Nous avons, par la suite, cherchĂ© Ă  rencontrer le DG nĂ©anmoins nous avons Ă©tĂ© mis en rapport avec Mme Badiane. Eric G. Clara que nous avons aussi tentĂ© de joindre au tĂ©lĂ©phone est Ă  l’Africaine de l’automobile depuis son dĂ©part d’Expert Auto.


Des PME menacĂ©es de disparition Ă  cause de l’AssemblĂ©e

A cĂŽtĂ© de ces Ă©lĂ©ments on ne peut plus troublant, il y a les ardoises dues Ă  de petites entreprises privĂ©es. Aujourd’hui, l’AssemblĂ©e nationale est en train de tuer dans l’Ɠuf l’entreprenariat. PrĂšs d’une dizaine courent derriĂšre des millions. Le restaurateur de l’HĂ©micycle est lui Ă  l’agonie. Tellement acculĂ© par ses fournisseurs, ses agents, entre autres, le gars passe par les dĂ©putĂ©s et supplie pour rentrer dans ses fonds. MĂȘme cas de figure avec les mĂ©caniciens. Aujourd’hui, certains vĂ©hicules en panne n’arrivent pas ĂȘtre rĂ©parĂ©s pour cause d’une lourde ardoise. Le garage mĂ©canique nichĂ© Ă  l’entrĂ©e des Maristes baigne dans un climat morose Ă  cause de la dĂšche dans laquelle l’AssemblĂ©e nationale l’a plongĂ©e.

La clameur créée par la dette fiscale a poussé la questure à joindre certains fournisseurs pour leur réclamer des factures afin de procéder aux paiements. Toutefois, il faudra noter que cette réclame a été sélective. Présentement certaines factures comme celles des assureurs (un marché aussi trÚs alambiqué) sont sur la table du questeur.

Cette opacitĂ© gĂšne beaucoup de dĂ©putĂ©s. Toutefois, ils prĂ©fĂšrent en parler en coulisse, rouspĂ©ter et faire des confessions dans l’anonymat sans attaquer le problĂšme qui contribue Ă  ternir leur image. PressAfrik.com a interrogĂ© aussi bien des dĂ©putĂ©s de la majoritĂ©, de l’opposition que des non-inscrits.

Presseafrik a joint le questeur qui a promis de rappeler. Tout est-il que nous restons disposer Ă  prendre sa version des faits s’il le juge nĂ©cessaire.

PressAfrik

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