Entretien réalisé par Badé SECK
En marge de la cérémonie officielle du centenaire du gamou de Mbeuleukhé, Aliou Dia s’est exprimé sur la réforme constitutionnelle et l’homosexualité qu’il dénonce. Le secrétaire de la Convergence pour le renouveau et la citoyenneté (Crc) et leader des Forces paysannes est également revenu sur la situation de la campagne arachidière.
Comment appréciez-vous la proposition du chef de l’Etat de réduire son mandat de 7 à 5 ans ?
C’est un combat de coqs qui ne nous mène nulle part. Si cette proposition se réalise, ce serait une grande première au Sénégal. Nous avons vu Léopold Sédar Senghor céder le pouvoir à Abdou Diouf, et cet acte noble a été bien apprécié par la communauté nationale et internationale. Quelques mois après, nous avons vu Amadou Ahidjo rendre le pouvoir à Paul Biya. Je rappelle que Ahidjo est resté au Cameroun et critiquait toutes les décisions prises par son successeur. Il a fini par aller en prison. A sa libération, il s’est exilé au Sénégal où il est mort. Alors, quand le Président Macky Sall décide de réduire son mandat de 7 à 5 ans, cela l’engage. Personnelle­ment, je pense que ce n’est pas normal qu’on retouche notre Constitution au gré des régimes. Si le Président pense qu’il doit faire 5 ans applicables au mandat en cours, nous prendrons acte et attendrons ce que cela va donner. Mais je pense que l’essentiel n’est pas la réduction du mandat, mais qu’il travaille à répondre aux attentes des populations. Même avec 5 ans, si le chef de l’Etat ne fait pas de bons résultats, les populations vont demander son départ.

Que pensez-vous de l’homosexualité qui occupe les débats depuis quelque temps ?
Je ne pensais pas que le Sénégal, un pays qui compte des vénérés comme El Hadj Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba et tant d’autres, en arriverait à perdre ses valeurs. Nous avons vu des musulmans, des chrétiens organiser des conférences pour sensibiliser les populations sur le phénomène, mais il semble que les messages ne sont pas passés et les appels ne sont pas entendus. Personne ne doit accepter l’homosexualité qui est d’ailleurs bannie par toutes les religions.

Le cas le plus récent est celui de Kaolack où les mis en cause ont été libérés. Quel commentaire cela vous inspire ?
J’interpelle la justice sénégalaise. L’arrestation avait été faite par la justice de Kaolack après des investigations. Le pays avait été ameuté, mais une semaine après, à notre grande surprise, nous avons appris qu’ils ont été libérés et on ne sait sur quelles bases. On nous parle d’absence de preuves. On ne peut pas avoir plus de preuves que lorsque des gens sont surpris dans des salles de classe, un jour de célébration de la naissance du prophète, avec des produits utilisés par des homosexuels. Je ne pense pas qu’on puisse avoir des informations plus tangibles que celles qui ont été données. Je crois que c’est à la justice de refaire son image, de rassurer les Sénégalais qu’elle est là pour eux. Mais tant que ces problèmes ne trouvent pas de solutions, le doute continue de se consolider et aucun Sénégalais ne doit l’accepter. Je voudrais que le droit soit dit sur cette affaire et sur ce phénomène qui gangrène notre société et qui ternit l’image de marque du Sénégal.

En tant que président des Forces paysannes, comment expliquez-vous le retard dans la commercialisation arachidière ?
C’est vrai qu’elle était un peu timide parce que la Suneor avait traversé une situation difficile. Elle a été reprise à l’amiable par le gouvernement qui avait trouvé des possibilités au niveau des banques nationales et étrangères pour avoir un crédit de 98 milliards permettant à la société d’acheter 300 mille tonnes. Mais comme vous le savez, la négociation avait été faite avec Abas Jaber, mais la signature n’était pas encore effective. Ce qui fait que nous n’avons pas encore nommé un Président directeur général de cette société et que les banques ne reconnaissent que la signature de l’ancien directeur général. Maintenant, entre signer et ne pas signer, attendre de trouver un nouveau directeur, la banque attendait effectivement que la situation se clarifie pour pouvoir mettre une ligne de crédit pour l’achat de ces 300 mille tonnes. C’est ce qui avait créé cette léthargie, mais Dieu merci, une solution avait été trouvée et plus de 10 milliards avaient été versés dans les caisses de la Suneor, permettant au moins de pouvoir payer ceux qui avaient été centralisés au niveau des centres de groupage et les autres sociétés comme la Cait qui avait reçu à peu près 5 milliards. Lors d’une tournée que j’avais effectuée dans les régions de Fatick, Kaolack, Diourbel, Louga et Thiès, les menaces qui pesaient sur les semences ne le sont plus parce que le gouvernement avait fait une commande auprès des opérateurs de base de 25 mille tonnes. On a déjà atteint 27 mille tonnes d’écrémés et pour les certifiés, le Sénégal va acheter 50 mille tonnes. Mais le prix est tellement élevé alors que ce n’est pas cette variété qui intéresse les Chinois. Ce qui veut dire que donc les Chinois vont mettre les moyens pour l’achat des écrémés. Ils ont un besoin d’achat de 250 mille tonnes qui sont présentement à 25 mille tonnes. Ils n’ont pas encore atteint le quota qui leur avait été alloué par l’Etat du Sénégal. Mais je tiens à rassurer tout le monde sur les semences certifiées. Cependant, il faut considérer que les points de collecte marchent, mais les gros producteurs n’ont pas encore acheminé leurs productions. Ceux qui vendent leurs productions aux points de collecte sont les petits paysans démunis alors que les autres peuvent attendre mars pour espérer vendre à 250 francs le kilogramme. S’il y a un prix plafonné, rien n’empêche d’acheter avec le double. Ce qui est interdit par contre, c’est d’acheter en deçà de 200 francs. Je crois donc aujourd’hui qu’il y a des réserves semencières que les paysans ont constituées. Bref, il n’y a pas encore péril en la demeure.
Source Lequotidien
bseck@lequotidien.sn

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