Djibo Ka, Un serviteur de l’État « Made in Djolof » nous a quittés (par Demba Arame Ndiaye, journaliste)

« J’ai l’âge du Bloc DĂ©mocratique SĂ©nĂ©galais (BDS) », m’avait-il dit, Ă  la sortie du bureau de vote n° 1 du centre de vote Abdou MinguĂ© Lecor de Linguère. Nous sommes en Mai 1998, le Parti socialiste remporte les Ă©lections lĂ©gislatives et recueille la majoritĂ© absolue des suffrages, sauf Ă  Dakar et Pikine et ainsi qu’à Linguère , le fief de Djibo Leyti Kâ , le leader de l’Union pour le renouveau dĂ©mocratique .
Avec d’autres confrères de la presse locale, nous avions assuré la couverture médiatique de l’évènement. A l’annonce des résultats, ce fut un tollé général dans les hameaux les plus reculés du département de Linguère. De Thiargny à Barkédji, en passant par Labgar, Dodji, Boulal, Linguère et Tessekéré, pour ne citer que ces patelins, l’allégresse est générale. Le ticket Aliou Dia-Karim Ba siègent à l’assemblée nationale au détriment de Daouda Sow et Ablaye Niang. Les troubadours ont chanté les louanges de « Peulh bou rafet » dans les chaumières sans cesse. L’euphorie n’a cessé d’estomper que plus tard.
L’URD qui est en lice pour la première fois pour ces joutes Ă©lectorales a obtenu 11 dĂ©putĂ©s derrière le PDS qui en totalisait 23. « Une injustice vient d’être rĂ©parĂ©e », affirmaient sans ambages les militants du mouvement du renouveau dĂ©mocratique.
Le natif de Thiargny vient de rĂ©ussir une prouesse qu’aucun leader politique de sa gĂ©nĂ©ration n’a jusque lĂ  obtenue. La scission d’avec le Parti socialiste aux cĂ´tĂ©s de ces rivaux que sont le PS et le PDS et l’engagement des militants d’alors ont fait pencher la bascule.
Ce n’est point une surprise pour nous journalistes et observateurs de la scène politique de l’époque. Le premier meeting organisé à Dahra Djolof pendant la campagne électorale de 1998 en dit long sur sa popularité. Une vague déferlante de militants acquis à sa cause a empêché le leader du renouveau démocratique de descendre de son véhicule pour accéder à la tribune officielle. Certains avaient même pris le pari de soulever la voiture. Devant cette foule compacte et hystérique, Djibo Ka n’a trouvé comme solution que de s’adresser à ses militants, du haut de son véhicule, avec l’aide de la sécurité.
Mais à vrai dire, cette mobilisation est le fruit d’un travail savamment orchestré par Ibra Ndiaté Ndiaye, ancien maire de Linguère et coordonnateur du mouvement dans le département de Linguère. Il a parcouru des centaines et des centaines de kilomètres pour implanter les bases du mouvement. A cela s’ajoute l’émergence de jeunes leaders aux dents longues comme Aliou Dia et Karim Ba, considérés comme des candidats de rupture.
Bref la machine était bien huilée et les ingrédients réunis pour remporter la fameuse bataille de Linguère.
Parcours politique
Après ses Ă©tudes primaires Ă  l’école rĂ©gionale baptisĂ©e Ă©cole Birame seck de Linguère, Djibo Leyti Ka a rejoint le lycĂ©e Van Vollenhoven de Dakar devenu Lamine GuĂ©ye. Le Bac en poche, Il poursuit ses Ă©tudes Ă  la FacultĂ© de droit et de sciences Ă©conomiques de l’UniversitĂ© de Dakar , puis Ă  l’École nationale d’administration de Dakar.
S’ensuit un parcours Ă©logieux. En 1977  il succède à Moustapha Niasse  et sera le dernier Directeur de Cabinet du prĂ©sident LĂ©opold SĂ©dar Senghor . Après l’accession d’Abdou Diouf  à la prĂ©sidence de la RĂ©publique en 1981, il est ministre sans interruption jusqu’en 1996. Il a occupĂ© successivement les fonctions suivantes :
·         1981 Ă  1988 – Ministre de l’Information et des TĂ©lĂ©communications ;
·          En 1983, il garde son poste dans le gouvernement de Moustapha Niasse ;
·         1988 Ă  1990 – Ministre du Plan et de la coopĂ©ration ;
·         1990 Ă  1991 – Ministre de l’Éducation nationale ;
·         1991 Ă  1993 – Ministre des Affaires Ă©trangères  ;
·         1993 Ă  1995 – Ministre de l’IntĂ©rieur.
Limogé du gouvernement, il entre en rébellion et crée le courant du renouveau démocratique au sein du parti socialiste. Il démissionnera de ce parti et participe aux élections législatives de mai 1998.
Avec ses camarades, il poursuit son chemin et participe Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2000 . Au deuxième tour, il apporte son soutien au candidat Abdou Diouf. Son parti vole en Ă©clats.
Au cours d’une interview il a tenu des propos qui n’emballaient pas beaucoup la classe politique. « Je vais rebondir, car Renouveau khalou ndéfe la ». Le renouveau, c’est comme une bouse de vache. Si elle prend feu, elle s’éteindra difficilement ».
Ce grand serviteur de l’Etat a toujours défendu ses convictions. En homme politique rusé et pragmatique, il avait la réputation de grand serviteur de l’Etat avec à la clé des décisions courageuses mais aussi controversées.
En 2004  il est nommĂ© ministre de l’Économie maritime par le prĂ©sident Abdoulaye Wade .
En juillet 2007, il devient ministre d’État, ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature, des Bassins de rétention et des Lacs artificiels dans le gouvernement de Cheikh Hadjibou Soumaré .
En  républicain, il accepta la main tendue du président Macky Sal qui lui confia la Commission nationale de dialogue des territoires (CNDT) son dernier poste.
C’est cet homme d’Etat, pétri de qualité, qui a vaillamment défendu ses positions qui vient de tirer sa révérence laissant tout le Djolof orphelin. Ce grand commis de l’Etat a eu le privilège d’occuper des postes de responsabilité avec les quatre présidents : Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall.
J’en profite pour présenter mes condoléances émues, à son épouse, ses enfants, sa famille, le Djolof et toute la nation. Que Firdawsi soit sa demeure éternelle.

Demba Arame Ndiaye, journaliste
Conseiller en communication du
Ministère du Renouveau Urbain, de l’Habitat
Et du Cadre de Vie

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