Le Sénégal au bord du précipice

Vu le spectacle triste et désolant qui nous a été servi hier, quasiment, en direct dans certaines chaines de télévision, ce n’est pas jouer les cassandres que d’affirmer que notre cher pays jadis considéré comme la vitrine de la démocratie dans toute la région Afrique semble de plus en plus visité par les chevaliers de l’apocalypse.

Hier en regardant les échanges de tirs nourris entre les deux camps opposés, je pensais que c’est certaines séquences de la guerre civile meurtrière au Libéria qui étaient entrain d’être rediffusées par nos amis de la TFM, histoire de pousser les différents protagonistes politiques sénégalais ,qui souvent se délectent à se faire peur à s’en servir comme   une sorte de catharsis pour retenir leurs ardeurs. Et, de ce fait, faire baisser l’adrénaline qui, ces derniers temps, était porté à son paroxysme par la tenue de discours musclés contribuant à rendre l’atmosphère encore plus délétère.
L’ancien ministre français de la coopération, Michel Aurillac pour ne pas le nommer, avait une fois déclaré que la démocratie était un luxe pour l’Afrique. À l’époque, cette déclaration impertinente du point de vue philosophique avait fini de provoquer une levée de bouclier partout en Afrique, car bon nombre d’intellectuels africains  hérissés par de tels propos, interprétaient cette déclaration comme un simple mot raciste tendant à accréditer et  à renforcer la thèse de la «  mentalité prélogique » des africains qui les rendrait inaptes à s’arrimer à cette dynamique incassable et inaliénable qu’est la démocratie.
Cette affirmation de l’officiel français peut être rangée au répertoire des déclarations malheureuses, plus émotionnelles et épidermiques que réellement pensées et réfléchies. Car la démocratie si l’on en croit Alexis de Tocqueville dans De La Démocratie En Amérique est une quête inclusive et partagée de tous les peuples en tant qu’elle est fondement, base et facteur de l’installation d’une société où la justice sociale est et demeure le seul crédo pour l’implémentation de toute forme de gouvernance qu’elle soit politique ou économique.
Cependant le fait démocratique tel qu’il est vécu et organisé dans son aspect le plus sensible à savoir l’élection  surtout   présidentielle donne l’impression d’apporter de l’eau dans le moulin de monsieur Aurillac. Car c’est ce moment précisément où l’on note le plus de convulsions, de dérives violentes, de crispations avec des escalades verbales incontrôlées et joyeuses de nature à saper l’équilibre et le socle qui permettent à notre république de rester encore debout et à nos institutions qui en sont les symboles vivants de pouvoir fonctionner correctement.
Et pourtant la situation devrait en être  tout autre car les échéances électorales constituent les deux poumons vitaux de toute démocratie en ce qu’ils lui permettent de respirer, de se requinquer et de se fortifier.
Si on tente une petite analyse pour déterminer les causes explicatives de telles convulsions autour de l’élection présidentielle, on voit que le pivot est constitué par ce tentacule monstrueux qu’est le présidentialisme qui n’est qu’une perversion malheureuse du régime présidentiel. Au nom  de ce monstre qui ne constitue en rien un régime politique, des hommes portés à la tête de leur pays se sont arrogés tous les pouvoirs au point de dérégler le mécanisme naturel de fonctionnement des trois pôles de pouvoir dont Montesquieu nous dit qu’ils doivent nécessairement s’équilibrer et se tenir en respect  pour un jeu normal de toute démocratie et pour l’effectivité de l’Etat de droit qui en est son socle le plus solide.
La question légitime que tout bon citoyen est en droit de se poser pour ce qui s’est passé hier, avec à la clé mort d’homme, est, où était l’Etat du Sénégal à travers sa police payée, équipée, nourrie et blanchie à travers les impôts payés par les contribuables et goorgorlu sénégalais ? 
Dire que nous avons l’une des polices les plus performantes et compétentes en Afrique relève de tautologie. Ils sont sollicités dans tous les théâtres d’opération dans le monde pour leur expertise et leur professionnalisme. Comment de faits aussi graves peuvent ils se dérouler en plein Dakar sans qu’elle ne soit au courant à travers ses services de renseignement aussi capables que le Mossad israélien ?
Je crois que ces interrogations citoyennes doivent trouver des réponses rapides avant la diligence de toute forme d’enquête pour situer les responsabilités individuelles ou collectives des uns et des autres.
Avant que les résultats d’enquête ne tombent, un coupable est déjà trouvé en flagrant délit : L’ETAT
Et il doit rendre compte au nom du principe sacro saint qui fonde tout état de droit le principe de l’égalité. Et de ce point de vue le Conseil d’Etat qui est juge et conseiller de l’ETAT doit s’autosaisir et interpeller selon ses prérogatives clairement définies par notre constitution.
Cette auto saisine de cette juridiction est d’autant plus fondée que l’Etat à travers cette fusillade a été violé dans ses plates bandes, car  selon la loi des loi, il a le seul monopole de la violence, et il est seul garant de la sécurité des personnes et de leurs biens en toutes circonstances.
Dans la perspective des échéances vers lesquelles nous nous dirigeons, et à cause desquelles beaucoup de personnes sont préoccupées à travers le monde, la justice qui est rendue au nom du seul peuple, a l’occasion rêvée de faire identifier les responsables d’une telle forfaiture et de leur faire subir la loi dans toute sa rigueur et sa lourdeur. Pour que  plus jamais ça.
Quelle que soit par ailleurs leur appartenance dans telle ou telle chapelle politique. La loi en république a toujours une portée générale, et, est au dessus de tout le monde. De son application implacable et impartiale dépendra son effet dissuasif pour l’avenir.
Au-delà de la dimension judiciaire, les forces sociales doivent aussi se faire entendre, car elles ont toujours secondé l’Etat depuis l’époque coloniale dans la régulation et la médiation sociales et sociétales. Les marabouts du fait de leur position et de leur autorité morale, de même que l’église  ont un grand rôle à jouer dans la décrispation et le dégel de cette atmosphère tendue et chauffée à blanc .Signes avant coureurs d’une situation chaotique qui serait totalement fatale à ce pays dont le profil et tous les indicateurs à son sujet sont préoccupants pour ne pas dire alarmants.
L’autre part, c’est au peuple sénégalais de s’en charger en interrogeant son histoire et en scrutant les défis qui l’interpellent présentement. En refusant que le débat politique soit orienté vers des directions sans prise avec le quotidien qu’ils vivent tous les jours, et qui tout compte fait ,l’ont installé dans le malaise le plus profond.
Je ne suis pas un marxiste mais je l’admire pour la finesse de sa pensée des contradictions qui secouent et traversent notre existence faisant de notre cadre social un lieu de perpétuelle lutte reflétant un besoin si prégnant en tout homme et en tout groupe d’intérêt : le besoin de contrôle.
Il disait dans sa onzième thèse sur Feuerbach : « que les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de plusieurs manières, ce qui importait maintenant c’est sa transformation. » 
Puissent nos politiciens s’inspirer de la sagesse de ce maxime et se battre dans le champ programmatique plutôt que de faire crépiter des kalachnikovs ou des magnums 7. Notre survie en tant que nation est à ce seul prix.  

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