Comment la France contrôle l’économie sénégalaise

La France demeure le premier partenaire économique du Sénégal, que ce soit sur le terrain commercial ou sur celui de l’investissement. Un document du trésor français parcouru par buzz.sn datant de septembre 2013 le prouve. Que dit ce document dont votre site a obtenu copie ? Il fait d’abord la part belle aux investissements de la France dans notre pays, les revenus du pays ami et colonisateur dans notre dos tout, dans les moindres détails au détriment de l’économie sénégalaise.

Au plan commercial, précisément pour ce qui concerne les exportations au Sénégal, le pays gouverné par François Hollande a certes connu une régression (827,7 M€, soit 542 Milliards FCFA en 2012 contre 889,3 M€, environ 583 milliards FCFA un an auparavant) en raison d’une percée de la Chine (De 37% en 2000, elle est passée à 15% en 2013). Mais cela n’en fait pas moins le premier fournisseur du pays de la Teranga, comme le démontre le document rendu publique par les services économiques du trésor français.

Au niveau des importations, elle est coiffée au poteau par quatre pays dont deux africains (Mali 1er et la Guinée 4ème la suisse et l’Inde occupant respectivement les 2ème et 3ème places). Mais là encore, la France est le premier pays de l’Union européenne qui approvisionne son marché avec des produits made in Sénégal. Ces exportations sénégalaises vers la France sont composées de composées très majoritairement de produits des filières agricoles et de la pêche.

La Sonatel, locomotive de l’investissement français

Investir le champ de l’investissement français au Sénégal équivaut à constater que les entreprises françaises ont la cote sous nos tropiques. Elles respirent la santé. En effet, si on se fie à la direction générale du trésor français, elles représentent une part importante de l’activité économique au Sénégal. « Les 13 premières filiales françaises basées au Sénégal enregistrent un chiffre d’affaires cumulé d’environ 1300 milliards FCFA soit 53% du budget sénégalais arrêté alors à 2531 milliards FCFA ou ou environ 18% du PIB (8767 milliards FCFA) ».

Parmi ces filières, il convient de noter l’importance de la Sonatel, filiale d’Orange et première entreprise du pays qui vient d’inaugurer son nouveau siège à Dakar et qui selon son directeur général Alioune Ndiaye a réalisé un chiffre d’affaires de 816 milliards FCFen 30 ans d’existence.

« Cette prédominance française devrait se stabiliser voire se renforcer dans les prochaines années avec la prochaine entrée en production de la mine de Zircon, détenue à 50% par le groupe Eramet », prédit le document dont les prévisions ont été confirmées par la récente sortie de l’homme qui défend les intérêts français au Sénégal. Jean Félix Paganon puisque c’est de lui qu’il s’agit a salué l’excellente santé des relations franco-sénégalaises tout en réitérant que son pays restera le premier partenaire économique du Sénégal.

C’est à se demander qui commande dans ce pays…mais revenons au document qui nous apprend qu’ « aux filiales françaises au nombre d’une centaine, s’ajoutent des entreprises de droit sénégalais détenues par des ressortissants français comme la Compagnie sucrière du Sénégal et les entreprises de tradition françaises comme CFAO, Allianz Sénégal (ex AGF), qui, elles-aussi, dépassent probablement la centaine d’entités ». « Cette « sphère d’influence économique » réalise un chiffre d’affaires de 1700 milliards FCFA representant 23% du Pib », fait remarquer le document .

La présence française touche presque tous les secteurs au rang desquels l’agro-industrie. A ce niveau, le document révèle que la Compagnie Fruitière a créé en 2003 la société des Grands Domaines du Sénégal spécialisée dans la production de tomates, maïs et fruits exotiques pour l’exportation. Le groupe Castel historiquement présent dans le secteur des boissons avec la brasserie Soboa, détaille le texte, s’est diversifié en 2012 dans la filière arachide (huile). Lesieur/Sofiproteol a acquis en 2011 l’unité de raffinage d’huile de table Oléosen.

Dans le secteur des Carrières, Mines et Industries, notamment le ciment, La France veut jouer les premiers rôles. Ainsi, rapporte le document aux relents d’un rapport des activités des sociétés françaises, Vicat a repris en 1999 la cimenterie Sococim où elle a investi près de 200 M€ en 2007 pour une extension. Comme indiqué ci avant, Eramet est coactionnaire du projet d’exploitation de sables titanifères « Grande Côte Opération » à part égale avec le minier australien Mineral Deposit (MDL). Le secteur des gaz industriels ne désintéresse pas moins l’ex tutelle coloniale qui, par le biais d’Air Liquide compte s’éterniser au Sénégal.

Côté pharmaceutique, le document signale en particulier l’implantation de SANOFI-Aventis et, pour ce qui concerne la distribution des médicaments, celle de Laborex (groupe CFAO).

Total règne en maitre avec 45% du marché du pétrole

Le document nous renseigne toujours que dans la distribution des produits pétroliers aussi les français sont vraiment présents et Total a été mis en exergue. Présent depuis l’avant-indépendance (1954), Total est le premier distributeur de carburants au Sénégal avec plus de 140 stations et gagne plus de 45% du marché. Le groupe français dispose également de participations dans Senstock, société de stockage d’hydrocarbures, et dans la Société Africaine de Raffinage, pour laquelle l’actionnaire de référence est le saoudien Saudi Ben Laden Group.

Dans le domaine aérien et touristique, le document certifie Air France était jusqu’à fin 2012 la seule compagnie aérienne régulière désignée et détenait le monopole des vols directs réguliers vers et en provenance de Paris. Corsair, dans le cadre d’un accord de coopération avec Sénégal Airlines, opère 5 fréquences hebdomadaires à destination de Dakar depuis le 4eme trimestre 2012. Le groupe Accor dispose de trois hôtels à Dakar (le 3e ayant été inauguré fin 2012) et pourrait s’intéresser à la reprise de l’ancien hôtel Méridien des Almadies. Le Club Méditerranée souhaite développer sa capacité hôtelière existante à Cap Skiring et acquérir un nouveau site dans le Sine Saloum. S’agissant du domaine des transports maritimes et de la logistique, CMA CGM et Bolloré Africa Logistics sont également présents, certifie le document .

Dans le secteur des télécommunications, France Telecom a acquis, en 1997, 42% de la Sonatel qui est devenu le premier opérateur téléphonie et internet du pays, le premier chiffre d’affaires (816 milliards FCFA en 2014, ndlr) et la première capitalisation à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. Le groupe français a développé sa présence dans la sous-région (Mali, Guinée, Guinée Bissau) via sa filiale sénégalaise. Un accord a également été signé avec Canal Plus Afrique, présent au Sénégal depuis 1991, pour diffuser le bouquet télévisuel par internet. Alcatel Lucent dispose d’un bureau régional à Dakar.

Comme si cela ne suffisait pas, la Métropole se déploie dans le secteur financier avec forces arguments. A ce sujet, la publication des Services économiques de la Direction général du Trésor se félicitent du fait que des banques comme SGBS et BICIS, filiales respectives de la Société Générale et de BNP Paribas, constituent les 2ème et 3ème banques du Sénégal après la Compagnie Bancaire d’Afrique Occidentale (CBAO) détenue par le Marocain AttijariWafa Bank depuis 2008. En matière d’assurance, le courtier Gras Savoye et AXA sont présents à Dakar…

Parmi tant d’autres domaines, la France fait feu de tout bois sur son ancienne colonie qu’est le Sénégal. Si ce n’est pas à travers ses propres entités, c’est en passant par la direction des sociétés de droits sénégalais. Pour autant, pourrions-nous conclure que le Sénégal est une chasse gardée de la France ? Nous l’avons voulu ou on nous l’a imposé ? Qu’est-ce que l’Etat du Sénégal gagne en mettant son économie entre les mains d’un autre Etat souverain comme lui, fut-ce un ancien colonisateur ?

Seuls nos dirigeants peuvent nous rassurer, eux qui signent consciemment des accords tout en sachant qu’ils peuvent nous être fatals. Surtout quand on nous chante à hue et à dia un « Sénégal émergent ». Mais un pays peut-il se développer quand son secteur privé est à l’agonie au profit de multinationales qui sont tout sauf des champions de l’altruisme ?

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