can 2015: Entretien avec Demba, le buteur n’a pas machĂ© ses mots

PrivĂ© de place dans l’attaque des Lions Ă  la Can 2015 prĂ©vue sous peu en GuinĂ©e Equatoriale, Demba BĂą dĂ©place ses salves sur le plan des dĂ©clarations. Le premier Ă  en faire les frais est le sĂ©lectionneur français de l’équipe nationale.

Le joueur sĂ©nĂ©galais sociĂ©taire de Besiktas en Turquie dĂ©crit Alain Giresse comme « une marionnette » dans une interview accordĂ©e Ă  Stades ce lundi. Pour lui, « certaines dĂ©cisions sur les listes, ce n’est pas Giresse qui les prend. Giresse est un coach qui ne sait pas quoi faire dans les vestiaires.

AprĂšs le match perdu en Tunisie, il Ă©tait dans les vestiaires, hagard. Il ne sait pas par oĂč commencer son speech ». Et d’assĂ©ner : « je dis qu’on n’a pas affaire Ă  un coach mais plutĂŽt Ă  une marionnette ».

Demba, quelle apprĂ©ciation faites-vous de la liste Ă©largie de 28 joueurs retenus par Alain Giresse, notamment votre absence ?C’est une liste qui regroupe quasiment tous les joueurs ayant participĂ© aux Ă©liminatoires. Je ne suis pas lĂ  pour dire s’il y a des joueurs qui mĂ©ritent ou pas d’y figurer mais lĂ , Ă  voir certains joueurs qui ne sont devant moi ; je dis non, je ne suis pas d’accord. Je pense que ma non-convocation s’explique facilement. AprĂšs la publication de la liste, on a l’impression d’avoir plus affaire Ă  une marionnette qu’au coach d’une Ă©quipe nationale. Parce que, quand on voit certaines dĂ©cisions dans cette Ă©quipe, on se dit que ce n’est pas lui, le technicien, qui les prend. Et j’ai des preuves. Certaines dĂ©cisions sur les listes, ce n’est pas Alain Giresse qui les prend. Giresse est un coach qui ne sait pas quoi faire dans les vestiaires. AprĂšs le match perdu en Tunisie, il Ă©tait lĂ  dans les vestiaires, hagard. Il ne sait mĂȘme pas par oĂč commencer son speech. Je dis qu’on n’a pas affaire Ă  un coach mais plutĂŽt Ă  une marionnette.

En 7 ans de prĂ©sence en Ă©quipe nationale, vous n’avez marquĂ© que 3 buts. Ne pensez-vous pas ĂȘtre victime de votre inefficacité ?

Il y a de la concurrence en Ă©quipe nationale. Mais tout le monde sait ce que je suis capable de faire. Partout oĂč je suis passĂ©, j’ai marquĂ© des buts importants, mĂȘme en sĂ©lection. Peut-ĂȘtre qu’il y a des personnes chez qui ça fait chaud au cƓur si je ne marque pas. Partout oĂč je suis passĂ© j’ai marquĂ©. Pourquoi j’ai marqué ? Parce que j’ai eu des coaches qui me mettent dans de bonnes conditions. Mais au SĂ©nĂ©gal, avec Alain Giresse, je ne peux ĂȘtre dĂ©cisif parce qu’il ne prend jamais ses dĂ©cisions. Il faut du caractĂšre pour pouvoir gĂ©rer des joueurs de caractĂšre. Pour marque des buts, il faut ĂȘtre titulaire. On dit qu’il a fait autant de match, il a fait ceci ou cela. Mais quand un attaquant joue des boues de matchs, il est difficile pour lui de marquer des buts. AprĂšs, je ne dis pas qu’en Ă©quipe nationale mon ratio est exceptionnel, mais je ne pense pas que les autres qui sont en Ă©quipe nationale aussi ont un ration largement supĂ©rieur au mien.

Vos blessures rĂ©currentes ne sont-elles pas aussi en cause, rĂ©cemment Giresse a fait savoir qu’aprĂšs chaque journĂ©e vous avez un rĂ©gime spĂ©cial Ă  suivre ?

Ecoutez, il ne faut pas qu’Alain Giresse se cache derriĂšre les blessures. Il y a quelques annĂ©es, j’ai Ă©tĂ© victime d’une fracture Ă  la jambe. Mais lĂ , j’ai passĂ© trois ans et demi ou quatre ans en Angleterre, je n’ai loupĂ© que deux matchs pour cause de blessure. Je ne me rappelle pas avoir loupĂ© un match à  Newcastle pour cause de blessure et je ne me rappelle pas non plus avoir loupĂ© un match Ă  Chelsea pour cause de blessure. Dans le championnat le plus compliquĂ© du monde. Je suis arrivĂ© Ă  Besiktas (Turquie), j’ai eu deux petites blessures, Giresse s’est servi de la premiĂšre pour ne pas me convoquer en Ă©quipe nationale. Il a dit en confĂ©rence de presse que Demba Ba Ă©tait blessĂ©. Non, je pense qu’il aurait dĂ» sortir une autre excuse, les gens allaient comprendre. Deux jours aprĂšs cette dĂ©claration, j’ai marquĂ© des buts. Se cacher derriĂšre les blessures, je dis qu’il est bien gentil, mais il ferait mieux de trouver une autre excuse. Il dit que je ne peux pas jouer des matchs en l’espace des trois jours. Cette annĂ©e, j’ai mis huit buts en Coupe d’Europe et autant en championnat. Et pour participer Ă  ces compĂ©titions, il faut jouer les jeudis et dimanches n’est-ce pas ? C’est ce qu’on appelle jouer tous les trois jours. Et pourtant je suis toujours lĂ . Mieux vaut dire les vraies raisons que de raconter des histoires. Parce que mĂȘme moi, je ne connais pas les vraies raisons. Si c’est parce qu’il n’aime pas ma gueule, Giresse n’a qu’à le dire. Il n’a aucune raison de sortir des excuses parce que c’est faux.

Demba Ba n’est-il pas un Ă©lĂ©ment perturbateur du groupe. Certains soutiennent que vous ĂȘtes le seul binational Ă  refuser de s’intĂ©grer et Ă  crĂ©er des problĂšmes ?

Non, ce n’est pas possible. Allez demander Ă  tous les joueurs que j’ai croisĂ©s en Ă©quipe nationale si moi j’ai un seul jour fait quelques chose contre le groupe. Demandez aux joueurs si Demba Ă  une fois perturbĂ©e le groupe, vous verrez la rĂ©ponse. Je peux vous filer le numĂ©ro de tous mes coaches, que ce soit JosĂ© Mourinho, Rafael Benitez Ă  Chelsea, Avram Grant Ă  West Ham ou Alan Pardew Ă  Nescastle pour leur demander si Demba est un leader dans un groupe ou s’il fout le bordel dans l’équipe et vous verrez la rĂ©ponse. Et comme je l’ai dit hier (vendredi) dans mon tweet, chaque excuse qu’il va sortir, je vais la dĂ©truire. Parce que je ne suis pas lĂ  pour rigoler avec les intĂ©rĂȘts du SĂ©nĂ©gal, avec ma crĂ©dibilitĂ©. Vous me posez la question sur la bi-nationalitĂ©. Ça fait mal au SĂ©nĂ©gal et dans la FĂ©dĂ©ration. Heureusement, entre footballeurs, on s’entend bien. Un joueur comme Dame Ndoye, on s’entend Ă©normĂ©ment et je l’apprĂ©cie super bien et comme beaucoup d’autres. Entre joueurs, il n’y a pas d’animositĂ©. Mas quand la FĂ©dĂ©ration fait les choses Ă  l’inverse
 Quand un joueur nĂ© au SĂ©nĂ©gal nous voit serrer la main de certains membres de la FĂ©dĂ©ration, il nous dit : Ă©coutez, je suis Ă©tonnĂ© que vous seriez la main de ce monsieur parce qu’il raconte n’importe qui sur vous, il vous sourit et derriĂšre il est en train de vous tuer. A la tĂ©lĂ© ou dans les radios, il n’arrĂȘte pas de parler de « l’investissement dĂ©plorable » des binationaux. Aujourd’hui, Alain Giresse dit que ceux qui  parlent dans les journaux doivent assumer. Qui est ce qui ont parlé ? Moi, j’ai parlĂ© dans les journaux, Diafra Sakho a parlĂ© et Issa Cissokho aussi. Parmi ces trois, il y en a un qui est nĂ© au SĂ©nĂ©gal et y a grandi, les deux autres sont nĂ©s en France et y ont grandi. Qu’est ce qui ne sont pas sur la liste aujourd’hui ? Ce sont les deux binationaux. Entre joueurs on s’apprĂ©cie Ă©normĂ©ment, mais voilĂ  la FĂ©dĂ©ration
Moi, j’ai fait sept ans dans cette Ă©quipe mais je ne peux pas vous sortir une petite Ă©volution positive. Il faut que le coach pense Ă  l’avenir du SĂ©nĂ©gal et des sĂ©nĂ©galais parce que si le SĂ©nĂ©gal gagne, les sĂ©nĂ©galais seront heureux. Malheureusement aujourd’hui, il est en train de tout faire pour que le SĂ©nĂ©gal ne gagne pas.

Il parait que vous ĂȘtes pris la tĂȘte avec le prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration, Me Augustin Senghor. N’ĂȘtes-vous pas en train de payer cela ?

Vous savez, j’ai travaillĂ© avec JosĂ© Mourinho. Tout le monde sait que ce n’est pas un tendre mais mĂȘme s’il ne t’aime pas et qu’il sache que tu peux lui faire gagner il te met sur le terrain sans problĂšme. Parce que lui, son objectif c’est de gagner. Il ne dit jamais celui-lĂ  je ne l’aime pas par consĂ©quent je ne le fais pas jouer. Non, lui, c’est un professionnel qui connait le football, tout le contraire de Me Augustin Senghor qui ne peut mĂȘme pas me sortir la rĂšgle du hors-jeu dans la situation ou le gardien est sorti. S’il arrive Ă  le faire je serai trĂšs content. Je me suis accrochĂ© deux fois avec Augustin Senghor. Une fois parce que l’ancien Ministre (Malick Gakou) est passĂ© Ă  l‘entrainement. Je vais expliquer parce que je n’ai rien Ă  cacher et que les sĂ©nĂ©galais doivent tout savoir. Quand l’ancien ministre nous trouve Ă  Dakar SacrĂ©-CƓur aprĂšs une sĂ©ance d’entrainement, il nous dit : ne vous inquiĂ©tez pas, vous aurez tous vos remboursements et autres primes. Moi quand je viens en Ă©quipe nationale, je perds plus d’argent que j’en gagne parce que j’aime mon pays. Quand le ministre fait sa dĂ©claration, je l’interpelle pour lui dire qu’on avait toujours entendu les mĂȘmes discours de la part de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Et je lui ai dit que quand le coach nous convoque lundi et que moi j’arrive jeudi est-ce que vous serrez content ? C’est lĂ  ou Augustin Senghor est intervenu pour m’interrompre. Je lui ai fait comprendre que ce n’est pas Ă  lui que je parlais et qu’il n’avait pas le droit de m’interrompre, qu’on ne doit rien cacher au ministre. AprĂšs ils disent que j’ai manquĂ© de respect. Entre nous, est-ce qu’on respecte la personne en lui coupant la parole pendant qu’elle s’exprime. Pourtant, je parlais avec respect au ministre, un homme d’état. J’avais l’occasion de parler avec le ministre et je me dis il faut en profiter pour lui expliquer le fonctionnement. MĂȘme pour l’obtention des billets ‘entrĂ©e, c’est un vĂ©ritable casse-tĂȘte. Moi, ma famille et mon fan’s club viennent du Fouta. Pour les autres, ils viennent d’ailleurs de Ziguinchor, de SĂ©dhiou et partout dans le SĂ©nĂ©gal. Par respect Ă  ces gens qui se dĂ©placent pour nous, nous devons au moins leur donner les billets d’entrĂ©e deux jours avant le match plutĂŽt que d’attendre le jour du match alors mĂȘme que l’on est en pleine concentration.

AprĂšs tout ce qui s’est passĂ©, comment envisagez-vous votre avenir en sĂ©lection nationale ?

Ça c’est une bonne question, mais je ne me la suis pas encore posĂ©e. Cependant, je ne tarderai pas Ă  le faire. Si c’est pour aller travailler avec des incompĂ©tents ce n’est pas la peine. Comme je l’ai dit, ça fait sept ans que je suis en sĂ©lection, mais je me rends compte que tout ce qu’El Hadji Diouf disait est pure vĂ©ritĂ©. Pourtant certains pensent que Diouf en fait trop, que c’est un marginal, non au contraire c’est un monument du football sĂ©nĂ©galais. Il n’a dit que la vĂ©ritĂ©. Les problĂšmes que El Hadji Diouf ont toujours soulevĂ©s et dĂ©noncĂ©s sont encore d’actualitĂ©. Concernant Me Augustin Senghor, on s’est pris la tĂȘte Ă  deux reprises et comme je vous l’ai dit, je ne vais rien vous cacher parce que je ne suis pas un menteur. Notre deuxiĂšme problĂšme c’est le jour oĂč j’ai ratĂ© le penalty contre l’Angola Ă  Conakry. A la fin du match, il y avait certains joueurs qui devaient prendre l’avion pour repartir le mĂȘme jour dans leurs clubs. Le prĂ©sident Augustin Senghor vient nous dire que les primes Ă©taient lĂ  (Ă  Conakry) mais qu’elles Ă©taient dans le coffre de l’hĂŽtel. On lui dit de faire venir le responsable de l’hĂŽtel pour dĂ©canter la situation. Il nous redit : non, la devise est en CFA. Vous pouvez demander Ă  tous ceux qui Ă©taient prĂ©sents. On lui dit tant mieux car si on gagner les primes restent au SĂ©nĂ©gal, pour la famille. Il nous redit non ce n’est pas possible. Ce n’est que le lendemain matin que le coach Alain Giresse s’est prĂ©sentĂ© avec les primes et en euros. Pourtant la veille, Augustin nous a dit que les primes Ă©taient en CFA. Ce qui est bizarre c’est que quand on parlait au trĂ©sorier, il nous rĂ©pondait sĂšchement : je n’ai aucun compte Ă  vous rendre. DerriĂšre, le coach est restĂ© un an sans m’appeler en sĂ©lection. S’il n’était pas tĂ©lĂ©guidĂ© par la FĂ©dĂ©ration, il n’allait pas me laisser Ă  quai alors que je suis actuellement le meilleur buteur sĂ©nĂ©galais dans toute l’Europe et que j’ai manifestĂ© le dĂ©sir d’aller dĂ©fendre les couleurs de mon pays Ă  la Can 2015. Il ne ‘a pas sĂ©lectionnĂ© pour quoi ? Parce que j’ai du caractĂšre. Et pour gagner, il faut des joueurs de caractĂšre. C’est ce caractĂšre-lĂ  qui fait que je n’ai jamais eu de problĂšme avec un joueur dans les vestiaires. Vous pouvez demander Ă  qui vous voulez.

Pensez-vous que, sans vous, cette équipe sénégalaise fera bonne figure à la Can ?

Bien sĂ»r. C’est pourquoi je suis meurtri par certaines dĂ©cisions. J’y crois fermement. Cette Ă©quipe est jeune et pleine de talents mĂȘme si elle manque un peu d’expĂ©rience. Nous avons une belle gĂ©nĂ©ration. Moi, je profite de cette occasion pour souhaiter un bon parcours aux joueurs parce que nous aimons tous le SĂ©nĂ©gal et nous savons combien les sĂ©nĂ©galais souffrent quand l’équipe ne gagner pas. J’espĂšre que tous les joueurs donneront le meilleur d’eux-mĂȘmes et tireront dans le mĂȘme sens pour rendre heureuse notre chĂšre population qui croit toujours en nous.

 

Avec Stades

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